Notre étude révèle que dans le passé les femmes n’ont pas toujours commencé à faire des placements tôt. Avec le transfert de patrimoine attendu chez les femmes par héritage de leurs parents et de leurs conjoints, et la croissance des entreprises appartenant à des femmes, il est essentiel que les femmes prennent leur avenir financier en main. Lesley Marks, stratège en chef – Placements à BMO Gestion privée au Canada, nous donne un aperçu des stratégies de placement et traite de l’approche globale en matière d’investissement, un élément important de notre santé financière.

Kathleen Burns-Kingsbury: Il est largement connu que les femmes n’investissent pas autant que les hommes et que, par conséquent, elles épargnent moins pour leur retraite et compromettent leur avenir financier. Aujourd’hui, nous allons nous entretenir avec Lesley Marks, stratège en chef – Placements à BMO Gestion privée au Canada. Elle nous parle des femmes et des placements, et nous dévoile la vérité quant aux disparités entre les sexes. Elle souligne aussi les forces qu’ont de nombreuses femmes au moment de faire des placements et nous donne des conseils sur la façon de commencer à investir à n’importe quelle étape de la vie. Lesley, bienvenue à « Son argent à elle. Ses choix.

Lesley Marks: Merci, Kathleen, je suis ravie d’être avec vous pour parler de ce sujet positif.

KBK: Je sais qu’il y a eu beaucoup de progrès, sur le plan professionnel, dans le secteur des services financiers en ce qui concerne les femmes et la parité hommes-femmes. Mais je constate que peu de femmes occupent, tout comme vous, un poste de stratège en chef – Placements. Pour situer les auditeurs, je précise qu’une étude de Morningstar portant sur 26 000 gestionnaires de fonds, inscrits dans 56 pays, révèle qu’un cinquième des fonds seulement comporte au moins une femme gestionnaire de fonds. Voilà qui a vraiment piqué ma curiosité Lesley, et je veux connaître d’où vient votre intérêt pour les placements et ce qui vous a poussée à mener une carrière dans ce domaine.

LM: Ces statistiques sont réellement étonnantes, et vous pouvez voir que ce secteur n’a pas encore réalisé de progrès importants. Ce que je peux vous dire, lorsque je pense à mes débuts dans ce domaine, c’est que ce n’était pas du tout mon choix de carrière quand j’étais adolescente. Au sortir de l’école secondaire, je me suis retrouvée en commerce parce que j’étais très forte en mathématiques, et cela me semblait une suite logique. Mais une fois rendue à l’université, je me voyais beaucoup plus en marketing ou en consultation, pas nécessairement dans le domaine financier. Et puis, mon premier emploi après mes études a été en finance. Je dois reconnaître que je n’avais pas beaucoup d’options. Comme la plupart des diplômés de premier cycle, vous tentez uniquement de trouver un premier poste qui vous orientera finalement vers quelque chose qui vous intéressera davantage. J’ai connu du succès et j’ai gravi les échelons relativement tôt dans ma carrière en finance, et je suis devenue analyste de recherche sur les actions, puis gestionnaire de portefeuille. En réalité, je crois que mon succès est attribuable à d’autres habiletés que j’avais, en plus de mes compétences en mathématiques, qui étaient bien entendu fondamentales, et qui se sont avérées être beaucoup plus importantes que ma force en mathématiques.

KBK: Excellent. Pouvez-vous nous donner une idée générale de ces habiletés, notamment celles qui permettent de réussir en tant qu’homme ou que femme à un poste comme le vôtre?

LM: Dans le monde des placements, je crois, comme je l’ai dit auparavant, que les gens pensent habituellement qu’il faut être fort en mathématiques, mais ce n’est qu’un des aspects d’un ensemble. Il faut davantage d’habiletés en relations interpersonnelles et de l’intuition, avoir une capacité à tisser des liens avec des gens, des clients ou des sociétés de placement, être capable d’interpréter les gens, d’interagir avec eux et d’établir des relations avec les autres, ce sont des habiletés très importantes. Vous devez également tenir compte de l’aspect analytique. Il faut pouvoir recueillir beaucoup d’information et la synthétiser afin de présenter une idée ou de prendre une décision de placement, par exemple.

KBK: Les femmes développent de façon véritablement naturelle de bonnes habiletés interpersonnelles, et que ces habiletés soient innées ou acquises par l’éducation sociale, tout se résume aux chiffres. Mais les chiffres sont importants. Je crois qu’il est primordial de le savoir lorsqu’on envisage cette profession. Je travaille entre autres avec un groupe d’hommes et de femmes afin d’informer les jeunes femmes sur ce domaine qui va bien au-delà des chiffres, et qu’il y a de belles occasions. Vous êtes un excellent modèle pour les femmes qui veulent faire carrière dans ce domaine. Quels étaient vos modèles quand vous étiez plus jeune et quand vous avez commencé à pratiquer cette profession?

LM: Quand je réfléchis à mon avancement professionnel et aux modèles que j’ai eus, eh bien, il n’y avait pas vraiment de modèles féminins. Quand on pense aux grands noms de l’investissement, il est extrêmement difficile d’avoir en tête le nom d’un investisseur célèbre, que l’on suit et qui est une femme.

KBK: Ce que vous dites est vraiment intéressant parce que je crois que c’est la raison pour laquelle il y a inégalité en matière de placement entre hommes et femmes. Il est question des femmes, de la finance et de l’aspect professionnel, mais si nous passions aux investisseuses? Si nous revenons en arrière, dans un mariage traditionnel, c’est à l’homme que revenait le rôle de faire des placements. Je sais que les rôles liés aux sexes évoluent et que ce paradigme traditionnel existe réellement, mais ce n’est plus aussi fréquent aujourd’hui. À mesure que plus de femmes participent au gagne-pain, à l’épargne et à la gestion de l’argent du ménage, il y a encore cette inégalité en matière de placement entre hommes et femmes. À votre avis, pourquoi cette inégalité existe-t-elle et pourquoi est-ce si important que les femmes apprennent à investir?

LM: Tout d’abord, dans ma famille comme dans la plupart des familles, nous partageons aussi les responsabilités, j’estime que c’est tout à fait naturel. Alors mon mari assume certaines de ces responsabilités, tandis que je me charge d’autres et, si j’ai de la chance, mes enfants s’occupent de quelques-unes. J’avoue que nous avons des rôles assez traditionnels dans notre foyer, mais c’est correct. Nous tirons parti de nos points forts et ça fonctionne. Je peux aussi affirmer qu’en ce concerne la gestion de la santé financière, ce n’est pas une question de partage des tâches dans la famille. Ce n’est vraiment pas comme les autres tâches ou responsabilités. Je la comparerais à votre santé physique. Lorsque vous prenez soin de votre bien-être physique, vous n’envoyez pas votre mari chez le médecin à votre place si vous êtes malade ou si vous devez subir un examen médical. Non, vous allez vous-même voir le médecin et c’est vraiment comme cela que les femmes doivent penser en matière de santé financière.

KBK: Belle analogie, vous avez presque envie d’en rire, c’est comme : « J’ai mal à l’estomac et je vais envoyer mon mari consulter le médecin. » Cela semble un peu ridicule. Vous avez raison, je crois que notre santé financière est tellement importante, et une des choses que Lesley et moi disons aux gens, c’est que nous devons connaître les notions financières de base pour pouvoir nous occuper des nôtres. Nous devons prendre conscience que cet exercice est important et que nous le voulions ou non, nous devons nous y mettre. J’ai le sentiment dans le cas de la santé financière, et en particulier dans le cas des placements, que vous n’avez pas besoin d’aimer en faire, ou encore d’occuper un poste comme celui de Lesley, mais vous devez connaître les notions de base. N’est-ce pas?

LM: Absolument. Les statistiques sont absolument stupéfiantes. À un moment donné, au cours de leur vie, 90 % des femmes devront contrôler leur situation financière. Tout le monde connaît les statistiques sur l’espérance de vie des femmes par rapport à celle des hommes. Au Canada, l’espérance de vie des femmes est de quatre ans de plus en moyenne que celle des hommes, et cet écart se creuse davantage si on y pense de façon générale. Il est vraiment important que les femmes prennent le temps d’en savoir davantage sur la façon de faire des placements, surtout en raison du transfert de patrimoine et de l’espérance de vie.

KBK: J’en ai vu qui ont dû apprendre à faire des placements alors qu’elles pleuraient la perte de leur conjoint. C’est certainement un moment peu propice à l’apprentissage de quoi que ce soit, encore moins les placements. Par ailleurs, je sais qu’il y a certaines idées fausses par rapport aux placements. Je peux me mettre à la place de ces gens qui réfléchissent beaucoup à cette chose mystérieuse qu’ils doivent comprendre et qui se disent alors : « Pfff. Ça ne vaut pas la peine que je m’y mette. » Quelle est d’après vous la plus grande idée fausse chez la plupart des consommateurs à propos des placements?

LM: J’en parle aussi avec mes amies et leur demande leur point de vue sur les placements et leur degré de participation, et en règle générale, je constate qu’elles ne participent pas parce qu’elles croient que c’est trop complexe ou trop difficile à comprendre, alors pourquoi essayer de comprendre? Il y a réellement un écart de confiance chez les femmes. Elles ont moins confiance en leurs connaissances financières, mais les rendements que les investisseuses obtiennent de leurs placements ne sont pas plus faibles pour autant, selon les études publiées sur les résultats de comptes de placement individuels. Nous faisons donc face à un paradoxe entre le fait que c’est difficile, et qu’il est donc inutile d’essayer, alors que pourtant les femmes obtiennent d’excellents résultats de leurs placements.

KBK: Je viens de lire dans une étude récente que les femmes ont une réaction moins émotive que les hommes quant aux placements à long terme. N’est-ce pas un peu ironique par rapport à ce qu’on entend souvent, à savoir que les femmes sont extrêmement émotives à l’égard des placements?

LM: Oui, c’est vrai. Cela m’étonne aussi.

KBK: Je veux rappeler aux auditeurs qu’aujourd’hui nous traitons des femmes et des placements, mais à mon avis, les hommes, et ils sont nombreux, estiment aussi que les placements sont complexes ou ont des idées fausses à leur sujet et ne s’en occupent pas non plus. Je crois sincèrement qu’il y a là un aspect lié au genre, mais il y a aussi tout simplement un manque de connaissances financières dans nos pays qui est en quelque sorte un obstacle. Les placements ne sont pas uniquement une question de chiffres et si c’était le cas, plusieurs personnes, femmes et hommes, n’envisageraient probablement pas d’apprendre à faire des placements. Une chose que j’ai apprise en discutant avec vous, c’est que les placements vont bien au-delà des chiffres et des calculs. Quels sont les autres éléments que les gens doivent savoir lorsqu’ils veulent participer au processus de placement?

LM: Les chiffres sont bien sûr importants, mais il y a aussi d’autres facteurs qui sont un peu plus subjectifs, comme la tolérance au risque. Et quelle est votre volonté de tolérer le risque? Quel est votre niveau de connaissances financières? Parce que votre niveau peut aussi avoir une incidence sur votre volonté de tolérer le risque. Et puis des éléments comme: quels sont vos objectifs de placement? Quel est votre horizon de placement? Où en êtes-vous dans votre cycle de vie des placements? Quels sont vos besoins de liquidités? Les éléments tels que le taux de rendement requis vous ramènent aux chiffres, mais il est aussi lié aux objectifs de placement, c’est-à-dire ce que vous souhaitez réellement obtenir dans la vie.

KBK: Vous abordez ainsi la question du risque et les convictions à cet égard sont diverses, notamment que les femmes sont réticentes au risque en matière de placement et que les hommes semblent plus audacieux. Qu’en pensez-vous, est-ce un mythe ou la vérité?

LM: Je crois qu’il y a une différence entre les hommes et les femmes quant à la perception du risque. De nombreuses études soutiennent que les femmes sont plus conscientes des risques que les hommes, parce qu’elles se décrivent comme des clientes à risque faible lorsqu’on le leur demande. C’est probablement ce qui explique en partie pourquoi les femmes ne font pas de placements, car soyons réalistes, qui veut investir dans quelque chose qui lui semble à risque? C’est le propre de la nature humaine. Mais lorsque les femmes décident d’investir, elles affichent un comportement différent. Elles adoptent une perspective élargie, et tirent profit de leurs compétences en relations interpersonnelles pour prendre leur décision en matière de placement. En fin de compte, les femmes conservent leurs placements plus longtemps, et il en résulte souvent de meilleurs rendements, parce que les opérations fréquentes entraînent des coûts et dans ce cas, le simple report de l’impôt peut contribuer à améliorer les rendements.

KBK: J’adore votre façon de recadrer la question. Ce n’est donc pas nécessairement une aversion au risque, mais plutôt une stratégie consciente des risques. Alors quand je pense aversion au risque, je lui confère un aspect négatif alors que la conscience du risque amène plutôt à tenir compte de nombreux facteurs différents.

LM: C’est exact. Vous connaissez simplement plus le risque et en fait, ce qu’il vous fait ressentir. Des questions habituelles comme : « Comment vous sentiriez-vous si vous perdiez telle somme d’argent? » Le genre de questions, comme je l’ai précisé, qui vous fera davantage prendre conscience du risque plutôt que d’avoir une aversion au risque… Je ne souhaite pas investir dans des actions.

KBK: Quand on parle de faire des placements, l’enjeu est grand. Vous devez certainement prendre du temps pour apprendre comment faire. C’est comme l’apprentissage de toute autre chose. Quels conseils donneriez-vous aux auditeurs qui n’ont pas encore de placements? Ils ont peut-être écouté ce balado et se disent : « C’est le temps, il faut que je m’y mette. » Que leur diriez-vous?

LM: Tout d’abord, et nous avons largement abordé la question aujourd’hui, laissez vos préjugés de côté. Le domaine des placements, ce n’est pas sorcier. Tout le monde peut commencer à investir judicieusement. Ensuite, commencez à chercher un conseiller de confiance. Tout ce qui est nouveau ou différent peut sembler difficile. Il y a toutefois aujourd’hui un large éventail de ressources sur le marché, dont les planificateurs financiers, les conseillers en placement, les services-conseils financiers en ligne automatisés et les courtiers en ligne. Les options sont pour ainsi dire sans limites. Enfin, je dirais, ne tardez pas. Investir, c’est capitaliser, autrement dit, le temps, c’est de l’argent. Par exemple, si vous investissez 100 000 $ aujourd’hui et que cette somme vous procure un taux de rendement de 5 %, sa valeur atteindra 128 000 $ d’ici cinq ans. Et dans 15 ans, elle atteindra 208 000 $. C’est la raison pour laquelle il est si important d’investir le plus tôt possible dans votre cycle de vie.

KBK: Peut-on commencer par de petites sommes? Disons, pourrais-je commencer par cinq ou dix mille dollars par rapport à 100 000 $, qui peut être un peu imposant.

LM: Certainement, il n’y a pas de minimum. Vous pouvez commencer par une somme de 100 $. Même mes enfants détiennent des portefeuilles de placements. Vous pouvez investir dans une ou deux actions d’un même titre. Vous pouvez investir tout montant d’argent peu élevé dans des fonds d’investissement ou des fonds négociés en bourse (FNB). De nombreuses options s’offrent à vous et vous n’avez pas besoin de beaucoup d’argent pour investir. Ce qui compte, c’est de commencer à investir plus tôt, et non pas de commencer à investir lorsqu’on a une grosse somme d’argent.

KBK: Je crois que cette notion est importante pour les gens qui se font du souci à l’égard d’objectifs plus ambitieux. C’est un peu comme si vous souhaitez courir un marathon, vous ne commencez pas par courir le marathon au complet, vous commencez par marcher le premier kilomètre, puis vous courez le deuxième, c’est la même démarche.

LM: Absolument. J’adore l’analogie du marathon pour décrire l’investissement, parce qu’à bien y penser, nos vies d’investissement ressemblent à un marathon, car il peut y avoir des moments difficiles en cours de route. Mais surtout, il vous faut penser à l’objectif à long terme, c’est-à-dire franchir la ligne d’arrivée.

KBK: Je ne veux pas non plus revisiter le mythe selon lequel toutes les femmes n’investissent pas et ne possèdent pas les connaissances requises, parce qu’il y a assurément des femmes investisseuses comme vous, qui aiment faire des placements et qui vont à l’encontre de certaines études. Auriez-vous un conseil ou deux à donner aux investisseurs expérimentés?

LM: Je crois que nous avons abordé beaucoup de points qui s’appliquent aussi aux investisseurs expérimentés, mais nous n’avons pas touché au fait que faire des placements est un processus continu. Ce n’est pas une tâche qui correspond à « on l’établit et on l’oublie », vous voyez ce que je veux dire. C’est la même chose que pour votre examen médical annuel, un examen régulier de vos finances est tout aussi important, parce que les étapes de notre vie changent. Nos besoins changent. Nos objectifs sont en constante évolution. D’où l’importance de toujours continuer à revoir les facteurs fondamentaux importants qui déterminent vos objectifs de placement.

KBK: Excellent. Le temps passe si vite dans cet entretien en balado. Lesley, je suis ravie d’avoir tiré des leçons de votre expertise et de vos connaissances et d’en avoir appris un peu sur votre histoire. Avez-vous, en terminant, une réflexion pour ceux qui sont à l’écoute, aujourd’hui?

LM: Les connaissances financières sont réellement importantes pour tout le monde dans la vie et vous pouvez les acquérir en famille. C’est important pour l’homme, pour la femme, et c’est aussi le moment idéal pour les enfants. Plus nous nous impliquons tôt en matière de placement, plus nous en profiterons à long terme.

KBK: Je m’entretiens aujourd’hui avec Lesley Marks, qui est la stratège en chef – Placements au Canada. Merci beaucoup de toute cette information, et d’avoir pris le temps de vous entretenir avec moi aujourd’hui à Son argent à elle. Ses choix.

LM: Merci, Kathleen, j’ai vraiment aimé l’entretien.

 

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