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KBK : Samra Zafar est l’auteure du livre A Good Wife, qui connaît un grand succès. Conférencière à l’échelle mondiale, elle est directrice générale en financement d’entreprise à BMO. Elle est aussi fondatrice de Brave Beginnings, un organisme à but non lucratif qui appuie les femmes ayant survécu à des violances et les accompagne tout au long de leur parcours vers la liberté. Le récit de Mme Zafar est remarquable, tout comme cette passion qui l’anime : aider les gens à croire en eux, quelles que soient les circonstances. Elle participe aujourd’hui au balado « Son argent à elle. Ses choix », pour discuter de la force de la résilience collective. Bienvenue!

Zafar : Merci! C’est vraiment un honneur d’être ici.

KBK : Je suis très heureuse que vous soyez avec nous aujourd’hui, et je veux m’assurer de prendre suffisamment de temps pour que chacun puisse vraiment prendre conscience de votre parcours remarquable, que vous racontez dans votre livre. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre parcours et sur votre attachement à donner aux femmes le pouvoir d’agir.

Zafar : Oui, avec plaisir. Quand j’étais jeune, on me disait souvent que mes rêves étaient trop grands pour moi. Je pouvais bien rêvasser, mais je ne devais pas m’attendre à les réaliser. Mais le fait de vouloir aller à l’école, d’obtenir une éducation solide pour changer le monde et faire bouger les choses, cela ne passait pas. Ce n’était pas convenable pour une jeune fille. Au fil des ans, j’ai repoussé les frontières à ma manière, j’ai mis les stéréotypes à l’épreuve et j’ai essayé de faire les choses différemment. Mais un jour, alors que j’avais 16 ans, ma mère est entrée dans ma chambre et m’a dit qu’un homme résidant au Canada me demandait en mariage. Il avait le double de mon âge, et je ne l’avais jamais rencontré de ma vie. Quelques mois plus tard, nous étions mariés et je débarquais au Canada en tant que son épouse, alors que je n’étais qu’une adolescente.

KBK : Wow. Je me permets d’intervenir pour dire que de passer d’une vie d’adolescente de 15 ans à une demande en mariage, pour finir dans un autre pays, il y a de quoi se sentir déstabilisée.

Zafar : Je l’étais. Et l’on ne m’avait jamais parlé de contraception. Le peu que j’avais entendu provenait de mes amis et de la cour de récréation. Je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre. Je suis tout de suite tombée enceinte. J’étais mère à 18 ans. Mon rêve de poursuivre mes études venait de s’éteindre. On m’a alors souligné que j’étais une épouse, une mère et une belle-fille, et que mon rôle était de rester à la maison et de préserver l’honneur de la famille et aussi, d’être une bonne épouse. J’ai longtemps essayé de faire taire la petite voix dans ma tête qui me soufflait que je méritais mieux. Que je pouvais faire mieux. Qu’il me fallait retourner à l’école. Cet attachement à l’éducation, je n’arrivais pas à m’en défaire. Même pendant ces années de violence et d’oppression où je n’avais aucune forme de liberté ou d’indépendance, j’ai trouvé des moyens de continuer à étudier. J’ai complété mon secondaire par l’entremise de centres d’autoapprentissage et grâce au téléapprentissage. J’ai gardé des enfants et j’ai donné des cours particuliers afin d’économiser en vue de l’université. Je n’avais pas droit à un sou ni à aucune aide d’ailleurs. Quand j’ai finalement commencé l’université, j’avais passé dix ans au sein d’un conjoint violent et j’avais deux enfants. C’est à ce moment que j’ai appris qu’à la maison, je vivais de la violence. J’ai aussi appris que ce n’était pas normal, que je méritais véritablement mieux et que j’avais des droits, dont celui d’être respectée et aimée pour la personne que j’étais. Au bout du compte, c’est ce qui m’a donné les connaissances et la force nécessaires pour tout quitter. J’ai mis un terme à mon mariage alors que j’étais en deuxième année du baccalauréat, et j’ai pris mes filles avec moi. Ma plus grande motivation était que je refusais que mes filles grandissent en pensant qu’il était normal et acceptable pour elles de subir de tels comportements simplement parce qu’elles étaient des filles.

KBK : Je sais donc qu’il faut un courage immense pour se sortir d’un environnement de mauvais traitement , et qu’un tel geste peut s’avérer compliqué, voire dangereux. Savez-vous ce qui vous a, en fin de compte, donné l’audace de faire ce geste?

Zafar : Le processus est très dangereux, et il suit un cycle. En moyenne, une femme tente de partir sept fois avant d’arriver à le faire pour de bon. Beaucoup de femmes ne le font jamais. Je dois dire que je suis moi-même partie cinq fois. Je continuais de revenir parce qu’on m’infligeait beaucoup de honte et parce que j’avais peur de ne pas réussir à m’en sortir. Allais-je droit dans le mur? À quoi ressemblait le monde? La sixième fois où je suis partie, j’ai réussi à ne pas revenir parce que j’étais appuyée par un bon réseau de soutien. J’étudiais à l’Université de Toronto, et je m’y étais fait quelques amis. J’avais des professeurs. J’avais des conseillers. Je savais que je pourrais demander de l’aide à ces personnes qui me motivaient et qui m’encourageaient à croire en mes rêves. Ce sont elles qui m’ont appris à croire en moi. C’est pour cette raison que j’ai réussi à partir et surtout, à ne pas revenir. À terme, j’y suis arrivée. La réussite repose véritablement sur le réseau de soutien. En fin de compte, c’est ce qui permet de renforcer la résilience. D’ailleurs, c’est pourquoi je parle de la résilience comme étant une compétence collective.

KBK : Bref, de résilience collective. Pourriez-vous la définir?

Zafar : Ma définition fait référence à l’ensemble, au tout. À mon sens, l’autonomie d’action devient possible lorsque chacun donne des moyens à l’autre. Quand vous adoptez une approche humaine et authentique, vous favorisez les relations fondamentalement humaines qui forment la résilience collective. Cette force est en nous, et tout autour de nous. Dans nos collectivités, nos familles, nos milieux de travail. En gros, c’est tout un réseau qui fait un pas vers l’avant.

KBK : Vos études vous ont énormément aidée à atteindre cet état d’esprit qui vous a permis de partir. Notamment parce que les personnes-ressources dont vous avez parlé étaient toutes liées à l’université. Savez-vous d’où vous est venue cette envie d’apprendre? J’ai l’impression qu’elle ne vous a pas été transmise par votre famille.

Zafar : Non, en effet. Aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours été fascinée par l’école, même quand j’étais toute petite. D’ailleurs, ça me valait souvent des moqueries. Mes sœurs et mes amies me traitaient de nerd finie, et j’en étais fière. Mon rêve était d’étudier à Harvard, à Stanford ou dans une des grandes universités, tandis que toutes mes amies rêvaient de leur robe de mariée et de la couleur de leurs bracelets le jour de leur mariage. Moi, cela ne m’a jamais intéressée. Cette passion pour l’éducation est en moi depuis que je suis toute petite. Quand je recevais le résultat de mes examens, et que j’avais obtenu, disons 95 %, j’étais davantage préoccupée par le 5 % que j’avais raté que par le 95 % que j’avais obtenu. Et c’est encore vrai aujourd’hui. Pendant mon mariage, je n’ai jamais vraiment… En fait, dans ma tête, mon objectif était clair. Un jour, je serais en mesure de construire la vie que souhaitais. J’avais soif de liberté. Pour me concentrer sur la prochaine étape, je me disais : « Comment puis-je suivre un cours de plus? Passer un examen de plus? » Je faisais toujours un pas de plus vers l’université, un pas de plus vers l’obtention de mon diplôme. C’était en gros ma façon de maintenir le cap.

KBK : C’est vraiment inné chez vous. C’est comme si vous saviez instinctivement que c’était le parcours qui vous correspondait. De nos jours, on parle des études comme étant un puissant outil pour les femmes (pour les hommes aussi, évidemment), mais surtout pour les femmes qui veulent acquérir des compétences ou sortir d’une relation abusive, ou encore devenir entrepreneures. À votre avis, qu’est-ce qui fait des études un outil aussi prodigieux pour les femmes?

Zafar : Les études nous préparent non seulement pour une carrière, mais pour la vie en général. Elles apportent un esprit critique, nous apprennent à résoudre des problèmes. Lorsqu’un obstacle se présente, comment faites-vous pour le lever, le contourner, le franchir? Comment faites-vous pour ne pas vous laisser abattre et tout abandonner? Les études nous apprennent à nous adapter. Par exemple, quand vous êtes en période d’examens, que votre stress augmente et que tout ne tient qu’à un fil, comment faites-vous pour gérer votre temps, pour prendre soin de vous tout en obtenant de bons résultats? Comment faites-vous pour traverser une période de stress? Ce sont des apprentissages qui servent tout au long de la vie. L’éducation, personne ne peut nous l’enlever. Cela nous appartient. Mon diplôme et mes études m’ont servi de tremplin, ils m’ont ouvert des portes. Ce sont des outils que j’aie pour le reste de ma vie. L’objectif d’obtenir un diplôme n’est pas de décrocher un emploi. C’est de disposer de tous les outils nécessaires pour réussir dans la vie. C’est d’apprendre à interagir avec les autres. C’est de savoir prendre des risques et d’essayer de faire les choses un peu différemment. En ce qui me concerne, mon éducation m’a ouvert des portes sur le monde et sur les personnes extraordinaires qui s’y trouvent. Pourtant, dès ma tendre enfance, on m’avait présenté une vie et un monde dans lesquels je devais fonctionner malgré moi. Pour être acceptée et respectée, je devais m’adapter au rôle et au moule qu’on avait choisis pour moi. Mais je n’y parvenais pas. Je n’ai jamais su accéder au statut de bonne épouse. Je faisais toujours des erreurs. Je n’étais jamais à la hauteur des attentes. Au fil de mes études, j’ai appris que ces erreurs étaient en fait mes plus grandes forces. C’est ce qui a forgé la personne que je suis aujourd’hui. C’était ma façon d’être moi-même. Mes études m’ont appris à m’aimer sans réserve et sans complexes.

KBK : Dans le milieu de l’entreprise et du leadership, on parle de plus en plus du droit à l’erreur, de l’apprentissage à tirer des échecs et d’authenticité. Je sais que certains aspects de votre travail vous ont amenée dans cette direction. Pourriez-vous nous en toucher un mot?

Zafar : Absolument. Quand on parle de résilience, que veut-on dire exactement? C’est probablement la caractéristique de leadership la plus recherchée. Faire preuve de résilience, c’est savoir faire des erreurs, prendre des risques, accepter le risque d’échec, traverser les périodes difficiles, gérer le changement et composer avec l’adversité. Ces épreuves renforcent notre capacité de gestion émotionnelle et nous permettent d’obtenir du succès. Parce que la vie est faite de hauts et de bas, même si l’on préférerait que tout soit toujours rose. Malheureusement, la vie ne fonctionne pas comme cela. Les choses ne sont pas toujours faciles, qu’il soit question de la carrière, du quotidien ou de la parentalité – et à titre de mère monoparentale, j’en sais quelque chose. Parfois, les choses tournent mal et tout s’effondre. C’est dans ces situations que la résilience se manifeste. Il s’agit d’avoir la capacité à traverser ces épreuves, d’en ressortir plus fort et plus heureux, et de puiser dans le processus pour accomplir de plus grandes choses encore. On peut se demander comment faire pour acquérir cette qualité. Par exemple, comment peut-on favoriser la résilience dans nos équipes et nos milieux de travail? Et dans nos familles? Et à titre personnel? Comment peut-on s’approprier ce trait de caractère? Le point de départ consiste à se trouver. Vous devez déterminer qui vous êtes. Quelle est votre véritable voix? Qu’est-ce qui vous stimule? Qu’est-ce qui vous tient éveillé la nuit, et qu’est-ce qui vous pousse à vous lever le matin? Quel impact voulez-vous avoir sur le monde? Quel héritage souhaitez-vous laisser? Que voudriez-vous qu’on dise à votre sujet? Quelle marque voulez-vous laisser? Nul besoin de viser une réalisation à l’échelle internationale qui vous vaudra de passer à l’histoire. Votre impact peut viser votre monde à vous. Comment voudrais-je changer les choses? Comment voudrais-je que ma vie soit perçue? Mais avant tout, quelle idée voudrais-je avoir de ma vie? Pour cheminer dans cette réflexion, vous devez accepter la personne que vous êtes.

KBK : Oui, c’est ce que je comprends. Vous avez dit plus tôt que vous ne vouliez avoir que des A et que vous étiez dure avec vous-même lorsque vous n’obteniez pas la note parfaite. J’imagine qu’apprendre le droit à l’erreur a constitué tout un cheminement pour vous. Et puis, pour revenir à cette idée de résilience collective. Je sais que vous êtes très présente dans la collectivité, mais si l’on applique ces notions au monde de l’entreprise, pourquoi pensez-vous qu’il est important, surtout pour une femme, d’apprendre à rester soi-même et à rebondir?

Zafar : Nous nous culpabilisons beaucoup quand nous commettons une erreur. Je me surprends moi-même à le faire au quotidien, pour différentes choses. Nous devons prendre conscience de la façon dont nous nous parlons. Vous savez, si ma fille ou une employée ou toute autre personne me disait « j’ai fait une erreur. Je me suis trompée ». Comment lui répondrais-je? Je lui dirais : « Ça va, ça arrive. Trouvons une solution. Réglons le problème et passons à autre chose. » Mais pour soi-même, le discours est tout autre : « Ah non, quelle imbécile! Pourquoi ai-je fait cela? C’est la catastrophe. Tout est gâché. Je ne sais pas comment je vais pouvoir m’en sortir. » On est toujours dur avec soi-même. Au fil du temps, cette attitude fait des ravages, surtout sur notre confiance personnelle. C’est l’une des raisons qui expliquent notre immobilisme quand des occasions se présentent. L’autre jour, alors que j’assistais à une conférence, toutes les femmes dans l’auditoire ont hoché la tête lorsque la conférencière a affirmé que les femmes postulent un poste lorsqu’elles répondent à 100 % des critères recherchés, tandis que les hommes se contentent généralement de 50 %. Et il nous est difficile de lever la main et de dire : « Oui! J’ai envie de m’occuper de ce projet! » Ou d’accepter de prendre un risque. Ou d’accepter l’idée d’échouer. Et alors? Les échecs sont aussi une façon d’apprendre. Et puis, lorsque nous faisons des erreurs, il faudrait ne pas trop se laisser atteindre, puis passer à autre chose. Ces erreurs nous auront permis d’apprendre un ou deux trucs, et c’est bien ainsi. Formidable. L’essentiel, c’est… Quand on apprend à s’aimer sans réserve, on comprend qu’on ne peut être qu’humain, comme les autres. Vous valez autant que quiconque. Lorsque vous comprenez cette notion, vous rehaussez vos attentes et n’acceptez pas les comportements qui ne s’y conforment pas. La relation que vous entretenez avec vous-même constitue la base de votre relation avec les autres. Cela vaut pour votre vie professionnelle et votre vie personnelle. Quand vous faites le pari de l’authenticité, vous invitez les autres à faire de même, que ce soit votre équipe, votre famille ou votre milieu de travail. C’est ce qui permet d’établir une véritable connexion qui débouchera éventuellement sur le mouvement collectif dont je parlais plus tôt.

KBK : J’aime faire le parallèle avec la compassion; faites preuve de compassion envers vous-même et vous serez en mesure de compatir avec les autres. Si l’on pense aux leaders et aux propriétaires d’entreprise qui nous écoutent, la résilience collective consiste à être capable de dire : « Vous savez quoi? Nous sommes authentiques. Nous sommes dans le concret. Surmontons cette épreuve ensemble. » Et puis, il faut aussi établir des attentes réalistes. J’ai l’impression que vous l’avez fait quand vous étiez dans une situation très complexe et que vous appliquez aujourd’hui cette méthode en milieu de travail.

Zafar : Oui, tout à fait. D’abord, il faut trouver sa voix, son identité profonde. Ensuite, il est essentiel de concevoir un réseau de soutien qui fera comme vous, c’est-à-dire qu’il vous acceptera vraiment tel que vous êtes. Cela devient plus facile au fil du temps. Je continue moi-même d’apprendre, je me heurte à cette difficulté tous les jours. Je me dis, bon, qu’en est-il de cette personne? Je ne suis pas certaine qu’elle m’aide à atteindre mes objectifs ou qu’elle m’aide à m’épanouir. Je ne suis pas certaine qu’elle est véritablement… dans quel cercle de ma vie aimerais-je qu’elle se situe? Le cercle de mes connaissances? Le cercle de mes amis proches? Le cercle central de mes conseillers de confiance et de mes mentors? Ou est-ce seulement une personne que je connais grâce à LinkedIn ou Facebook? Parfois, ce peut être une personne avec laquelle je dois couper les liens. Le geste peut être difficile, surtout s’il s’agit d’un ami, d’une personne que vous connaissez depuis longtemps. Les gens évoluent, les gens changent et des choses se produisent. On ne peut exagérer l’importance des limites. Quand vous les avez établies et que vous disposez de ce solide réseau de soutien – un peu comme votre équipe de supporters personnelle – constitué de personnes qui adhèrent à vos projets et vous appuient… Cela vaut tout l’or du monde. Toute ma vie, c’est ce qui a changé la donne. Il m’arrive de réfléchir à ce que j’ai fait, à ce que j’ai dû traverser et à ce que j’ai accompli, et de me demander comment j’ai fait. Oui, j’étais travailleuse, intelligente… Chacun a ses forces. On en a tous. Mais ce qui change la donne, c’est le réseau de soutien dont vous disposez. J’ai eu la chance de pouvoir développer le mien à l’université, et je continue de cultiver ces relations. Aujourd’hui, je suis appuyée par huit ou dix mentors qui jouent un rôle pivot dans ma vie et que je peux consulter pour obtenir des conseils. Parfois, je communique avec eux seulement pour parler. Et pour me retrouver, aussi. Si je sens que je m’égare, si je suis submergée par le bruit et la négativité environnants, si je me juge durement ou si je me soucie trop de ce que les autres pensent de moi, ces mentors vont rapidement me dire : « Attends. Peut-être que tu devrais essayer de voir les choses autrement, comme ceci par exemple. » Cela m’aide à me recentrer et à me concentrer sur mes objectifs.

KBK : J’adore l’image d’une équipe de supporters. Si un de nos auditeurs se dit : « Wow. Je voudrais pouvoir former ma propre équipe de supporters ou encore, évaluer mon équipe de supporters. » Auriez-vous un ou deux conseils à lui donner?

Zafar : Je pense qu’il faut surtout choisir des personnes qui sont sincères, qui vous comprennent bien et connaissent votre raison d’être. On peut facilement se laisser influencer par les titres de poste – cette personne est cadre, elle devrait être ma mentore. J’ai appris la leçon à la dure, puisque je suis moi-même tombée ce piège. Mais j’ai appris au fil des ans qu’il ne faut pas choisir en fonction du titre de poste, mais bien de la personne elle-même. Tout repose sur l’authenticité et sur le côté humain. Lorsqu’une personne vous perçoit telle que vous êtes et qu’elle adhère à vos objectifs, elle ne sera pas que votre mentore : elle sera aussi votre ambassadrice et votre alliée. Voilà le genre de personnes qui doivent figurer dans votre groupe de supporters.

KBK : À vous entendre, on comprend bien que le sujet vous passionne : la poursuite d’études, la création d’un réseau de soutien, la création d’un groupe de supporters… Vous avez aussi mentionné qu’il fallait briser le moule, il me semble, non? Voyez grand.

Zafar : Nous nous limitons beaucoup. Je vous pose la question : si vous ne croyez pas en vos rêves, qui le fera? Si vous ne respectez pas vos rêves, qui le fera? Lorsque j’étais mariée, année après année, tous ceux qui m’entouraient, y compris ma mère, me disaient d’oublier mon projet d’études. « Tu es mariée depuis six ou sept ans déjà, et tu as deux enfants. Le voilà, ton destin. Accepte-le, et apprends à vivre avec. » À cette époque, j’avais l’habitude de me tenir devant le miroir avec une feuille roulée dans la main et de répéter le discours que je donnerais à la cérémonie des diplômes… Alors que je n’avais aucun espoir de retourner à l’école un jour.

KBK : Wow, c’est tellement… Je dois vous le dire, c’est vraiment poignant. D’un côté, c’est un récit émouvant, mais c’est aussi très inspirant. C’est donc dire que si l’on voit grand et que si l’on continue de visualiser ce que l’on souhaite devenir, on peut y arriver, même dans un milieu oppressif.

Zafar : Absolument. J’avais l’habitude de visualiser qu’un jour, je serais une étudiante brillante dans une grande université. Et c’est arrivé. J’ai réalisé ce rêve parce que je l’ai visualisé. J’avais écrit mon objectif : A Good Wife : au sommet des palmarès. Même cet objectif s’est finalement réalisé! J’ai eu la force de passer à l’action. On a tous cette force en nous. Nul besoin de chercher ailleurs.

KBK : Vous venez de mentionner votre nouveau livre, A Good Wife. Je vais vous laisser l’honneur de nous faire part du succès qu’il remporte. Pouvez-vous nous parler des mentions que vous avez déjà obtenues, et de vos attentes par rapport à ce livre?

Zafar : Je rêvais de ce livre depuis longtemps, et j’ai enfin pu réaliser ce projet. Une semaine après son lancement, il figurait en deuxième place du palmarès des meilleures ventes dans la catégorie documentaire canadien, et en quatrième place dans la catégorie documentaire, ce qui est fabuleux pour un nouvel auteur.

KBK : Félicitations!

Zafar : Merci! Merci! Même si c’est agréable, ces résultats font réfléchir, puisqu’ils montrent que bon nombre de personnes s’identifient à mon récit. Vous vous rappelez, quand je parlais de raison d’être? Voilà ce qui me tient éveillée la nuit et ce qui me pousse à me lever le matin : les messages qui me viennent de partout dans le monde. Les femmes qui m’écrivent représentent tout l’éventail d’horizons, d’origines, de niveaux de scolarité, de statuts socioéconomiques. Je donnais une allocution hier à l’Université de Toronto, et certaines hautes dirigeantes m’ont dit avoir vécu la même chose, ou vivre encore dans ce type de situation. Malheureusement, les mauvais traitements sont une réalité universelle. Tout comme la violence envers les femmes. Cette expérience est au confluent des origines, de la culture et d’autres facteurs. Mais la véritable cause est universelle. C’est pourquoi j’ai choisi comme mission d’aider les femmes à croire en elles-mêmes, ainsi qu’en leurs rêves. J’aimerais les aider à prendre conscience de leur pouvoir d’agir et de leur force. Personne ne devrait dissimuler ou changer des aspects de son être, se sous-estimer ou se diminuer pour entrer dans un moule dans l’espoir d’être accepté. Ce n’est pas une façon de vivre. J’ai accédé à la liberté en élevant la voix et je veux juste aider les autres à le faire.

KBK : Une chose est certaine, votre livre a déjà un fort impact et ce balado, qui sera écouté par un grand nombre d’auditeurs, fera aussi bouger les choses. Je ne vous connais que depuis peu et déjà, vous avez fait une forte impression sur moi et vous m’inspirez à agir. Vous avez assurément eu un impact dans ma vie. Merci infiniment d’avoir raconté votre parcours à nos auditeurs et pour tout ce que vous faites.

Zafar : Merci beaucoup de m’avoir reçue, Kathleen!

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