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Une conversation avec la première femme instructrice pilote d’hélicoptère au Canada (Balado)

Entretien de Kathleen avec Cathy Press, première femme instructrice de vol en hélicoptère au Canada et propriétaire de ChinookHelicopters.com, au sujet de son parcours entrepreneurial, de sa motivation et de son approche à l’égard de la prise de décisions.

Pour écouter, cliquez ici.

Kathleen : Première femme instructrice de vol en hélicoptère au Canada, Cathy Press est chef de la direction de ChinookHelicopters.com, une école de pilotage établie à Abbotsford, en Colombie-Britannique, qui s’est taillé une place de chef de file à l’échelle nationale et qui peut se targuer d’avoir formé quelques-uns des meilleurs pilotes d’hélicoptère au Canada et ailleurs dans le monde. La persévérance dont Cathy fait preuve afin de relever des défis considérables et atteindre ses objectifs dans le cadre de son extraordinaire carrière ne date pas d’hier, puisqu’à 11 ans déjà, elle commençait à voler; et à 16 ans, elle effectuait son premier vol solo. L’entreprise de Cathy a pris de l’expansion, passant de 3 à 13 hélicoptères et comptant 3 appareils d’entraînement de conception originale qui sont adaptés aux besoins des clients. En mai 2017, Cathy a été reconnue dans la catégorie Innovation et croissance mondiale dans le cadre de l’événement BMO rend hommage aux femmes, qui s’est tenu à Vancouver. Cathy, bienvenue à la baladodiffusion.

Cathy : Merci beaucoup. C’est un plaisir d’être avec vous.

Kathleen : Oui, c’est formidable. Je suis vraiment intriguée par votre expérience en tant qu’entrepreneure, et plus particulièrement en tant qu’entrepreneure qui repousse les limites dans son secteur d’activité. Pour commencer, qu’est-ce qui vous a motivée à démarrer votre entreprise?

Cathy : Puisque j’avais une formation et une expérience de pilote, j’avais une bonne idée de ce qui m’attendait sur le plan financier, de l’endroit où j’habiterais, du nombre d’années pendant lesquelles j’exercerais ce métier et pour quels employeurs je travaillerais. Mon avenir se dessinait devant moi, alors que je n’ai jamais vraiment souhaité une vie en quelque sorte toute tracée. Je voulais tenir les rênes de ma propre vie. Je ne voulais pas savoir exactement ce qui m’attendait d’une année à l’autre. C’est tout à fait le genre de vie que je mène actuellement, et je dois parfois me rappeler que c’est ce que je désirais.

Kathleen : Vous avez obtenu votre licence de pilote terriblement jeune, à 16 ans. Il ne fait aucun doute que vous êtes une personne qui prend des risques au travail et comme entrepreneure, mais en ce qui concerne votre choix de devenir votre propre patron… avez-vous l’impression que c’était un risque que vous vouliez prendre et qu’il en valait la peine?

Cathy : Ah, oui. Mais, vous savez, je ne me suis jamais vraiment considérée comme une personne qui prend des risques. En fait, j’ai plutôt l’impression d’être assez conservatrice à bien des égards, même en ce qui concerne mon travail. C’est ce trait de caractère qui m’a tenue à l’abri durant de nombreuses années. Si tout le monde semble me considérer comme une personne téméraire, ce n’est pas ainsi que je me qualifierais. En fait, je suis très prudente dans mes décisions. Avant de me lancer dans une nouvelle aventure, que ce soit un achat ou une participation financière dans un nouveau projet, j’essaie généralement d’évaluer le scénario illustrant la pire et la meilleure situation, puis je prends ma décision en fonction de ce que je ressentirais si je me retrouvais dans l’une et dans l’autre.

Kathleen : C’est intéressant. Ainsi, vous pouvez être une personne qui prend des risques professionnels, même si je vois que vous ne vous considérez pas comme telle, mais vous êtes conservatrice et vous soupesez les risques lorsque vous prenez des décisions d’affaires. Passons maintenant directement à l’aspect financier. Quelle approche adoptez-vous lorsque vous devez prendre des décisions comportant un risque financier pour votre entreprise? Expliquez à celles qui nous écoutent comment vous prenez vos décisions.

Cathy : Au départ, comme beaucoup d’autres, j’ai dû présenter des plans d’affaires, aller à la banque et emprunter de l’argent. Mon objectif était d’essayer d’obtenir un prêt pour le rembourser le plus rapidement possible. Des gens se sont proposés comme partenaires, mais j’ai toujours préféré établir un partenariat avec une banque plutôt qu’avec des particuliers, parce qu’avec une banque, il est possible de mettre un terme au partenariat en remboursant le prêt, et tout le monde est content. Il est plus difficile de mettre fin à un partenariat financier quand une personne de notre entourage y prend part, et quand on le fait, il arrive souvent que la relation se détériore par la suite. C’est pourquoi il était très important pour moi d’obtenir le soutien d’une banque au départ, et je n’ai jamais regretté ce choix. J’essaie de maintenir un financement minimal afin de ne pas me retrouver financièrement hors du cycle si le marché fluctue – notre secteur d’activité étant plutôt cyclique.

Kathleen : Une recherche a été menée pour comparer la façon dont les hommes entrepreneurs et les femmes entrepreneures perçoivent et évaluent le risque – plus particulièrement le risque financier, et vous œuvrez dans un secteur d’activité majoritairement masculin je suppose… corrigez-moi si je me trompe.

Cathy : Oui, en effet. J’ai récemment essayé de trouver d’autres femmes propriétaires d’entreprises du même type et il y en a très peu dans notre pays.

Kathleen : D’accord, j’avais vu juste. Quand vous regardez vos collègues qui exercent des fonctions semblables aux vôtres, qui dirigent leur propre entreprise, trouvez-vous que leur perception et leur approche par rapport au risque financier diffèrent des vôtres? Croyez-vous que leur façon de prendre des décisions d’affaires diffère de celle des femmes ou qu’elle y ressemble plus que ce que laisse entendre la recherche?

Cathy : En fait, je crois que mes collègues masculins sont probablement plus à l’aise que moi avec un niveau de risque plus élevé. Je suis d’accord avec ces conclusions. Je ne suis pas aussi à l’aise que peuvent l’être mes homologues masculins avec le risque élevé.

Kathleen : La recherche révèle également que les femmes ont tendance à considérer le risque de façon un peu plus globale. Par exemple, et là je généralise, l’homme envisagerait le risque financier dans l’optique du bénéfice qu’il peut en tirer, tandis que la femme l’envisagerait sous différents angles – comme le mode de vie, la famille, ce genre de choses –, et non uniquement du point de vue du rendement du capital investi. C’est aussi ce que vous constatez?

Cathy : Oui, c’est exact. Il est vrai que j’aborde le côté risqué des choses de manière plus globale, alors j’entre aussi dans cette catégorie.

Kathleen : Quand vous prenez une décision d’affaires, par quels processus en venez-vous à dire : « Tiens, je vais élargir ceci… » ou, comme vous m’en avez fait part plus tôt, à décider de développer d’autres produits? Expliquez-nous brièvement votre démarche afin que les femmes qui nous écoutent profitent de vos conseils.

Cathy : Très bien. On m’a souvent dit, et je dois l’admettre, qu’établir un plan d’affaires et la manière de faire les choses sont, dans une large mesure, une question d’impression. Après en avoir discuté avec différentes personnes, avoir consulté différentes sources et y avoir mûrement réfléchi, je mise beaucoup sur ce qui me semble tout simplement logique. C’est drôle, mais je parlais à quelqu’un l’autre jour, et il me disait : « Vous savez, nous produisons des rapports de risque et, souvent, nous devons connaître le résultat escompté avant même de le produire. » C’est sensiblement ce que j’ai tendance à faire. Je détermine généralement ce que je veux faire. En fait, j’ai tendance à documenter les problèmes seulement après y avoir réfléchi ou en avoir discuté avec les personnes concernées de mon équipe et y avoir trouvé une solution. Il faut s’informer, y réfléchir au préalable et déterminer si c’est logique.

Kathleen : Si je comprends bien, vous y réfléchissez longuement, vous planifiez méthodiquement le meilleur et le pire des scénarios, puis vous prenez la meilleure décision pour vous, sachant que vous tendez naturellement à être un peu plus conservatrice, ce qui, j’imagine, est sûrement une bonne chose dans le secteur de l’aviation.

Cathy : Oui. Je vous avouerais très sincèrement que je n’établis pas des plans élaborés dignes de la Harvard Business School. J’ai tendance à suivre davantage mon instinct. En fait, c’est intéressant, car la plupart des gens et des femmes d’affaires qui réussissent et dont je m’entoure privilégient cette forme d’expérience. Après plusieurs années en affaires, on commence à savoir ce qui va fonctionner ou non, et il faut s’y fier davantage. Et tout cela m’aide en réalité à dire oui avec plus d’assurance. On le sent, c’est tout. Et c’est parfois difficile de coucher cette impression sur papier.

Kathleen : Intéressant. Je crois que cela peut très bien être le cas. Ce qui me vient spontanément à l’esprit quand vous dites cela, c’est l’idée générale de consulter d’autres hommes et femmes et d’obtenir du mentorat. Je sais à quel point il peut être important, surtout pour les femmes en affaires, d’avoir un mentor influent ou encourageant. En affaires, avez-vous ou avez-vous eu des mentors? Si oui, quel rôle cette personne ou ces personnes ont-elles joué dans le processus d’expansion de votre entreprise ou dans votre réussite?

Cathy : J’ai réalisé qu’au début de ma carrière, j’ai eu énormément de soutien sur le plan technique. Je ne m’étais pas rendu compte à quel point on m’avait solidement appuyée et mentorée, j’en suis très reconnaissante. À mesure que mon entreprise prenait de l’expansion et que j’explorais différentes avenues qui me menaient sur différents chemins, j’ai croisé la route d’un grand nombre de personnes œuvrant au sein d’entreprises plus indépendantes les unes des autres. Je m’aperçois aujourd’hui que chaque entreprise s’accompagne de défis, et qu’en parlant avec les autres et en travaillant avec eux, on aboutit collectivement à de meilleures idées. Si on arrive à départager les bonnes idées des mauvaises, cette collaboration peut apporter beaucoup.

Kathleen : Par « différentes entreprises », vous entendez « différents secteurs d’activité »? Il vous arrive donc de consulter des gens qui ne travaillent pas dans le domaine de l’aviation, qui proviennent d’autres secteurs d’activité, et de rassembler toutes ces idées pour en arriver à une décision intuitive, ou instinctive. Ça fonctionne pour vous? C’est vraiment la méthode que vous employez?

Cathy : Oui, tout à fait.

Kathleen : Je crois que vous soulevez un point très important pour celles qui nous écoutent : l’idée de trouver un mentor ou du soutien dans un secteur d’activité qui n’est pas nécessairement le nôtre. Parce que, parfois, les meilleures idées pour notre secteur proviennent de l’extérieur.

Cathy : Exactement. Et parfois, dans sa propre industrie, on se bute à la concurrence, alors qu’à l’extérieur, on obtient davantage de soutien. En fait, je trouve cela utile d’avoir des contacts dans d’autres secteurs d’activité. Je dirais que ceux-ci m’aident davantage à poursuivre mes activités et à faire passer mon entreprise à des niveaux supérieurs. Je dirais cependant qu’au départ, ce sont les entreprises provenant de mon secteur qui se sont révélées les plus utiles.

Kathleen : Intéressant. Il y a donc des étapes auxquelles il est préférable de recourir à une aide interne ou externe si on veut. Ce qui importe, c’est plutôt de savoir avec qui collaborer, à qui demander conseil. Cathy, vous réussissez si bien que j’ose à peine évoquer l’idée que vous puissiez faire des erreurs, mais, étant moi-même entrepreneure, je suppose que vous en avez fait quelques-unes en cours de route. Je me demandais si vous accepteriez de nous faire part d’une erreur que vous avez commise en début de carrière, de la façon dont vous l’avez réparée ou de la leçon que vous en avez tirée.

Cathy : J’essayais justement d’en trouver une, me doutant que vous étiez susceptible de me le demander, et je n’ai trouvé aucun problème majeur pour lequel je n’avais pas déjà envisagé le pire scénario. Je crois donc que toutes les difficultés auxquelles j’ai dû faire face se sont révélées moins difficiles à surmonter que je ne l’avais imaginé. Quand on se fait une idée du pire scénario, c’est généralement au moment où il se concrétise qu’on s’aperçoit que la situation n’est pas aussi terrible qu’on le pensait. Je pense qu’il y a toujours un plan, et qu’il suffit d’en élaborer un nouveau quand le premier ne fonctionne pas. Il y a quelques années, nous avons mis au point un nouvel appareil d’entraînement. Quand nous l’avons construit, nous avions un certain client en tête, mais ce dernier s’est finalement désisté; il ne voulait pas réellement le produit. Nous avons donc élaboré un nouveau scénario illustrant la pire situation et avons modifié le produit à mi-parcours et malgré tout cela, l’appareil a remporté beaucoup de succès. Quand on fait une erreur, je crois qu’il faut simplement faire avec. Il ne faut pas en faire une obsession et être absorbé par notre erreur.

Kathleen : Je vois que vous possédez une grande capacité d’adaptation. Et je trouve intéressante votre façon d’établir des scénarios illustrant la pire et la meilleure situation, parce que souvent, quand on discute avec des entrepreneurs, ils abordent l’optimisme et le bon côté des choses, ce qui peut en réalité leur nuire, car lorsque le pire scénario se réalise – ce qui se produit inévitablement quand on est en affaires assez longtemps –, ils sont incapables de s’adapter. Alors que vous, vous êtes parvenue à vous adapter à mi-chemin, à faire preuve de souplesse et à modifier le produit. Et ce que vous avez appris de cette expérience semble si intégré dans ce que vous faites maintenant que cela se distingue à peine. Quelle belle leçon pour nos auditrices.

Cathy : Oui, exactement. Je crois qu’il suffit de composer avec les aléas de la vie et comprendre qu’on ne fait jamais vraiment d’erreur; que tout ce qui compte, c’est de prendre des mesures pour y remédier.

Kathleen : Je sais que certains membres de votre famille ont joué un rôle déterminant dans votre vie. Pouvez-vous nous parler un peu de l’influence qu’a eue votre père sur votre entreprise?

Cathy : Oui! Mon père m’a toujours traitée comme une égale. Je me souviens, par exemple, de l’avoir accompagné lors d’une rencontre avec son conseiller financier alors que j’avais environ 10 ans. Son conseiller m’a demandé d’attendre dans la salle d’attente et de jouer avec les jouets qui s’y trouvaient, mais mon père a dit : « Non, non. Elle doit rester; elle pourrait apprendre des choses. » Ce sont des moments comme celui-là qui m’ont donné le sentiment d’être une personne et d’avoir le droit de participer. Et c’est avec cette attitude que j’aborde chaque aspect de la vie.

Kathleen : C’est fantastique! Si tous les pères agissaient ainsi! Cathy, quel conseil donneriez-vous aux femmes qui écoutent cette balado aujourd’hui quant à la façon de se lancer en affaires? Que doivent-elles garder à l’esprit si elles envisagent de démarrer une entreprise ou si elles viennent de le faire et en sont à leurs débuts?

Cathy : Le conseil que je donnerais aux femmes qui démarrent leur propre entreprise serait de savoir qu’il existe de nombreuses occasions d’affaires autour d’elles et qu’elles doivent rester à l’affût de ces occasions. Et vous serez surprises de l’appui que vous commencez à obtenir quand vous faites un effort ciblé et concerté pour accomplir un travail qui vous inspire et que vous aimez.

Kathleen : Et quel conseil donneriez-vous aux parents de jeunes filles qui s’intéressent à l’entrepreneuriat ou qui ont une dizaine d’années – comme vous lorsque vous avez accompagné votre père à sa rencontre avec son conseiller financier – afin qu’ils donnent à leurs filles les moyens de réaliser leurs rêves?

Cathy : En fait, je ne ferais pas de distinction entre le fait qu’il s’agisse de filles ou de garçons, ou qui ils sont. Je crois qu’ils ont besoin d’être appuyés dans ce qui les intéresse comme personne uniquement. Ils ont besoin de soutien, et plus vite on les traite comme des égaux, plus vite ils se considéreront comme tels.

Kathleen : J’aime la façon dont vous voyez les choses. Les accueillir là où ils se trouvent et les traiter d’égal à égal. Il semble que le sexe soit très secondaire, et qu’il l’ait été dans votre cheminement de carrière également, ce qui a peut-être contribué à votre grande réussite.

Cathy : Oui!

Kathleen : Fantastique. Alors merci beaucoup de votre présence aujourd’hui, Cathy. Ce serait formidable de nous entretenir à nouveau avec vous plus tard.

Cathy : Très bien, merci. Merci à toutes celles qui écoutent également!

Merci d’avoir été à l’écoute du balado BMOpourElles animé par Kathleen Burns Kingsbury. BMO s’est engagé à investir dans les femmes en leur offrant un endroit accueillant pour travailler et gérer leurs affaires bancaires. Si vous avez aimé l’émission, rendez-vous sur BMOpourElles.com. Pour en savoir plus sur notre expérience client et nos services primés, suivez-nous sur Twitter à l’aide du mot-clic #BMOpourElles ou joignez-vous à la communauté BMO sur Facebook. BMO. Ici, pour vous.

Les opinions et les points de vue exprimés dans ce balado appartiennent à ceux qui les émettent et ne reflètent pas le point de vue de la Banque de Montréal et de ses sociétés affiliées. Les renseignements contenus dans ce balado sont fournis à titre indicatif seulement. Ils ne doivent pas être considérés comme des conseils financiers. Nous vous encourageons à consulter votre conseiller financier avant de prendre une décision financière.