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@gabiyvr
Ma vie - 2018 M07 30

Faire sa part pour la collectivité, avec Glori Meldrum (Balado)

Glori Meldrum est une lauréate du programme BMO rend hommage aux femmes pour les activités philanthropiques et les activités de dons de bienfaisance qu’elle mène afin de prévenir la violence sexuelle faite aux enfants et de soutenir ceux et celles qui en ont été victimes. Elle-même une survivante, Glori a fondé Little Warriors, un organisme national qui informe le public sur la violence sexuelle faite aux enfants, et créé Be Brave Ranch, le premier centre au Canada offrant un traitement à long terme aux enfants victimes de violence sexuelle. Dans ce balado, Glori discute de l’équilibre entre le travail à temps plein, la parentalité et ses activités au sein de ses organismes, ainsi que de ce que les gens peuvent vouloir considérer avant d’entreprendre des activités philanthropiques.

Pour écouter, cliquez ici 

Kathleen Burns-Kingsbury : Glori Meldrum est fondatrice et chef de direction de g[squared], une agence de publicité et société de développement Web prospère. À titre de survivante de violence sexuelle dans son enfance, Glori concentre aujourd’hui ses énergies sur la prévention de tels actes et vient en aide aux victimes d’un traumatisme. En 2008, elle fonde Little Warriors, un organisme national qui éduque le public sur la violence sexuelle faite aux enfants. Puis, en 2014, elle crée le Be Brave Ranch, le premier centre au Canada offrant un traitement à long terme aux enfants victimes de violence sexuelle. Glori participe aussi à plusieurs projets organisés par des organismes sans but lucratif locaux, y compris The Good Samaritan Society et la Fondation canadienne du cancer du sein. Elle a été reconnue pour sa contribution remarquable à la collectivité et ses dons de bienfaisance dans le cadre de l’événement annuel BMO rend hommage aux femmes.

Félicitations Glori pour votre récent prix, et bienvenue à notre baladodiffusion.

Glori Meldrum : Merci beaucoup!

Kathleen : J’ai très hâte de parler avec vous de vos réalisations, mais d’abord, quel effet cela vous a-t-il fait de voir votre contribution saluée dans le cadre de l’événement BMO rend hommage aux femmes? Qu’est-ce que cela signifie pour vous et votre organisme?

Glori : C’était vraiment incroyable parce que j’étais censée assister à l’événement ces dernières années, mais j’étais toujours occupée. Apparemment, cette année, on s’est assuré que je serais présente. Je ne savais même pas que j’étais la lauréate. C’est génial, non? Je me disais que ce serait une occasion de faire du réseautage. Le prix était vraiment une surprise, ce que je trouve super.

Kathleen : Ah, super, c’est vraiment bien. Et je sais qu’à la Banque, nous appuyons activement votre travail. D’ailleurs, le centre Be Brave Ranch est l’un des sujets dont j’aimerais discuter afin que nos auditeurs en sachent un peu plus à ce sujet. Pouvez-vous me parler de cette idée que vous avez réussi à concrétiser, et m’expliquer en quoi consiste le Be Brave Ranch?

Glori : Absolument! Quand j’étais petite, entre 8 et 10 ans, j’ai été agressée par mon grand-père. Après coup, j’en ai parlé à ma famille parce que j’avais vécu avec mon grand-père. Mais personne ne m’a vraiment crue ou pris ma défense. Quand je suis devenue adulte, c’est-à-dire dans ma vingtaine, je rêvais de faire quelque chose qui pourrait aider les enfants victimes de violence sexuelle à guérir. Alors, il y a neuf ans, j’ai eu l’idée de créer le premier centre au monde offrant un traitement à long terme à l’intention des enfants victimes de violence sexuelle. Ce centre, qu’on appelle le Be Brave Ranch, a ouvert ses portes il y a trois ans seulement. C’est extraordinaire. Tous les fonds amassés pour concevoir ce lieu de calibre mondial nous ont été donnés par des sociétés et des particuliers. Nous n’avons aucun financement de l’État. Il est donc assez exceptionnel que nous ayons réussi, à titre de collectivité, à construire ce lieu extraordinaire consacré aux enfants. Les filles et les garçons qui le fréquentent en ce moment ont entre 8 et 12 ans. Nous pouvons accueillir environ 60 enfants. Nous avons – vous devriez voir comme c’est beau – nous avons aménagé une superficie de 60 000 pieds carrés sur un total de 130 acres. C’est vraiment un endroit incroyable, et il répond à un besoin réel. Lorsque les enfants apprennent à se connaître entre eux et comprennent que leur situation n’est pas unique, c’est toute une prise de conscience. L’un des aspects propres à notre programme est qu’il est axé sur l’interaction entre semblables. L’enfant côtoie d’autres enfants ayant vécu des expériences similaires. Le centre propose neuf modèles de thérapie différents puisque les enfants n’apprennent pas tous à guérir de la même façon, n’est-ce pas? Il y a par exemple la thérapie par le dialogue, la désensibilisation par les mouvements oculaires, le yoga, la thérapie par le jeu, l’équitation thérapeutique. Il s’agit d’un centre très novateur. Tous les programmes, les évaluations et les études cliniques sont sous la responsabilité de l’Université de l’Alberta, ce qui est plutôt génial.

Kathleen : Fantastique. C’est formidable d’entendre que vous avez réussi à réaliser un projet aussi exceptionnel à partir d’une expérience aussi douloureuse vécue dans votre enfance. Vous contribuez véritablement à changer les choses. Je sais qu’un autre aspect unique du centre Be Brave Ranch est qu’on y offre des soins à long terme. Pour avoir déjà travaillé dans le secteur de la santé mentale, je sais qu’arriver à offrir à ces enfants des soins à long terme qui sont entièrement financés constitue tout un exploit. Comment votre expérience, tant sur les plans personnel que professionnel comme entrepreneure, vous a aidée à concrétiser ce rêve? Car c’est vraiment une grande réussite.

Glori : Honnêtement, quand j’étais toute petite et que tout cela se produisait, je me rappelle qu’à un moment donné, je devais avoir à peu près 12 ans, je pensais sérieusement à me suicider. J’étais dans la salle de bain de mon père, son rasoir à la main, et je me suis dit : « Soit j’abandonne parce que je suis seule, soit je me bats. » Vous comprenez? Je pense que depuis que je suis toute jeune, j’ai l’esprit d’une battante, je suis animée par une persévérance folle, tout simplement. Les personnes qui ont fait partie du parcours vous le diront. On me disait : « Tu ne peux pas y arriver, ça ne s’est jamais fait », ce genre de trucs. « Tu n’es pas médecin, comment penses-tu pouvoir réussir? » J’ai continué de foncer. Ça n’a pas été facile. Aujourd’hui, les gens sont impressionnés, mais si vous saviez tout ce qu’il a fallu traverser pour arriver ici. Je pense donc que c’est ma combativité, cette résilience innée qui m’empêche de baisser les bras. Vous savez, que ce soit en affaires ou pour l’organisme Little Warriors, je fais en sorte que les choses se fassent, c’est tout. Je n’ai pas tous les talents, mais je suis plutôt douée pour former une équipe de gens qui possèdent les compétences requises. Je pense que je m’appuie en grande partie sur mes qualités innées, sur la résilience que j’ai dû développer lorsque j’étais enfant. J’ai aussi obtenu un baccalauréat en communications de l’Université Dalhousie à Halifax. J’adore le monde des affaires, former des équipes, et tirer parti de la collaboration et de l’innovation. Je mets à profit les compétences que j’ai acquises comme entrepreneure, ainsi que la persévérance et la résilience que j’ai développées quand j’étais petite, quand je suis devenue une survivante. Voilà ce qui m’a donné l’impulsion, ou l’énergie, de faire avancer les choses. Vous comprenez?

Kathleen : Vous devez donc votre réussite à votre sens des affaires et à la résilience que vous avez en vous depuis votre tout jeune âge. Et puis, je pense que vous avez aussi établi un partenariat avec BMO. Il me semble que c’était au tout début. Pouvez-vous nous décrire un peu ce partenariat, et la façon dont BMO a soutenu le projet Be Brave Ranch au tout début, et le soutient encore aujourd’hui?

Glori : Absolument. C’est une histoire très intéressante parce qu’au départ, on me disait : « D’accord. Quand vous serez plus loin dans l’avancement du projet, faites-le-nous savoir. » Vous voyez? Peu de gens m’ont dit sur-le-champ « hé, vous savez quoi? Nous croyons en vous, et nous allons vous appuyer. » C’est pourtant ce que les gens à BMO m’ont répondu. Mike Lega, un de mes amis proches qui travaillait auparavant pour BMO au Canada, mais qui habite maintenant à Chicago, m’a fait rencontrer les personnes les mieux placées à BMO dès qu’il a entendu parler de mon projet. Je dis toujours à la blague que BMO a commandité un pont sur le terrain du centre Be Brave Ranch avant même que je l’achète.

Kathleen : Rires. C’est fantastique!

Glori : On nous a dit : « Nous avons confiance que vous construirez un pont. » Le plus drôle est que votre soutien était tel que vous nous avez donné des fonds à l’étape du rêve : il n’y avait ni centre, ni rien de concret. J’ai amené Mike sur les lieux, puis nous avons pris des photos montrant l’affiche. C’était super. Vous savez, Mike a été un ambassadeur pour nous. Il a parlé en notre faveur, et il a convaincu l’équipe de BMO de participer au projet. C’est vrai, vous nous avez offert un soutien exceptionnel. BMO nous a probablement donné environ 100 000 $. Dans ces eaux-là. Oui, vous m’avez bien comprise. C’est assez incroyable.

Kathleen : C’est fantastique! Quel conseil donneriez-vous à nos auditeurs pour les aider à trouver une banque ou un partenaire qui les accompagnera dans un projet d’entreprise ou d’organisme sans but lucratif, ou qui pourrait peut-être leur faire un don de bienfaisance?

Glori : Vous savez, je pense qu’il y a une autre étape avant celle-ci. C’est vraiment… Je pense que dans la vie, c’est un peu comme si nous avions une station de radio dans la tête. Un des postes est vraiment occupé. Il s’assure que les enfants ont de quoi manger et que vous faites ce qu’il faut au travail. Et puis, je pense qu’il y a cet autre poste. Il n’y a pas de parasites, la réception est excellente. Quand on s’arrête pour l’écouter et qu’on a les idées claires, c’est là qu’on arrive à trouver son but dans la vie, sa vocation, ce qu’on est censé faire dans cette vie qui nous a été donnée. N’est-ce pas? Appelons ce poste le poste B, et le poste qui est envahi par le bruit, le poste A. Si vous vous branchez à votre vocation et à ce que vous êtes censé faire, il sera plus facile d’entreprendre les démarches pour trouver des parrains. La raison est simple : c’est un sujet qui vous passionne. Il y a une réelle connexion. Je pense que quand on essaie de vendre une idée, souvent on se lance en disant « oh, vous savez, blablabla… » en oubliant de présenter le récit de fond. Donc, assurez-vous de bien trouver l’origine de l’idée, de faire les bonnes choses pour les bonnes raisons, et de prendre le temps de tout raconter. Prenons mon exemple. L’autre jour, je prononçais une allocution dans le cadre d’un événement d’envergure, et je me suis vraiment ouverte aux personnes présentes. Je leur ai dit : « Vous savez, j’étais une enfant suicidaire, je l’étais aussi dans ma trentaine, je ne devrais même pas être ici aujourd’hui. Pourtant, je le suis, en plus d’être heureuse et en santé. » Je me livre, et je tisse des liens avec les gens. Je suis ouverte, vulnérable et franche, et je suis transparente quant à mon parcours, aux endroits où nous sommes allés, à ce que nous avons accompli et à notre objectif. Je pense que c’est ce qui explique en partie pourquoi BMO a vraiment cru en mon projet, de même que les autres personnes qui y ont pris part – surtout les premiers partenaires qui se sont dit : « Nous sommes convaincus qu’elle va réussir. » Il faut donc raconter son parcours, et aussi être très organisé. C’est l’autre aspect. Nous avons fait une étude des créneaux sur l’ensemble de l’offre au Canada, les programmes, ce qu’ils proposaient, leur contenu. Nous avons monté un plan d’affaires. J’ai formé un conseil d’administration du tonnerre. Je me suis adressée aux médias et j’ai gagné leur appui. Tout ne tourne pas autour d’un point. Je dirais qu’il y a une quinzaine de choses à faire. Et comme pour quoi que ce soit, il y aura des obstacles. Mais si vous avez la conviction de faire ce que Dieu vous a demandé, continuez d’avancer. Croyez-moi, si je n’avais pas eu cette passion, il y a plusieurs moments où j’aurais pris mes jambes à mon cou. Imaginez : quand l’économie a plongé en Alberta il y a quelques années, nous avons presque dû fermer nos portes. Ça a été difficile – nous avons eu plusieurs périodes difficiles, vous savez. En ce moment, nous avons une liste d’attente d’un an. Car même si nous avons 60 lits, nous ne pouvons accueillir que 15 enfants par mois à cause du manque de fonds. Cinq de nos maisons sont vides, on n’en utilise qu’une. Donc c’est… Je suis très fière, et je suis très reconnaissante que la collectivité et tout le monde aient travaillé ensemble. Mais il faut aussi être réaliste. Il faut se le dire, c’est difficile. Il faut s’entourer de gens bienveillants qui vous diront : « Tu sais quoi? Tu peux le faire. Tu vas y arriver. » C’est une des choses qui m’ont aidée à surmonter les difficultés.

Kathleen : Ce que je comprends, c’est que globalement, il faut qu’il y ait une passion. Il faut donc choisir un sujet qui nous passionne, auquel on croit véritablement. Et il faut avoir le courage de raconter son parcours. Il faut aussi bien se préparer – il faut réfléchir à l’aspect « affaires », aux différents types de relations à établir ainsi qu’aux personnes qui peuvent vous aider et croire en votre rêve. Je trouve votre récit, qui est axé sur la détermination, fascinant, et je salue votre engagement à aider les victimes de violence sexuelle non seulement à survivre, mais à s’épanouir. Mais en apprenant à vous connaître, je réalise à quel point vous êtes occupée. Vous travaillez sur ce projet, mais aussi sur celui de Little Warriors et sur d’autres activités sans but lucratif. De plus, vous siégez à différents conseils d’administration et vous dirigez votre entreprise, une agence de publicité et société de développement Web. Comment y arrivez-vous? Parce que je sais que les femmes en particulier, mais probablement tous nos auditeurs, ont du mal à trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Comment prenez-vous soin de vous lorsque vous travaillez à la réalisation de tous ces projets extraordinaires qui vous passionnent?

Glori : Vous savez, c’est intéressant. Honnêtement, ma vie est un cirque. C’est un beau cirque, mais qui ne s’arrête jamais. J’ai 4 enfants qui ont entre 8 et 18 ans. Je dirige ma propre agence de publicité, comme vous l’avez mentionné. Et puis il y a Little Warriors, qui est l’équivalent d’un autre emploi à temps plein. Honnêtement, je suis très bien entourée. Par exemple, Little Warriors compte environ 35 employés qui sont tous phénoménaux. Ça me permet de me concentrer sur mes forces, ce à quoi j’excelle comme entrepreneure. En ce qui concerne Little Warriors, je préside le conseil d’administration et je m’occupe des relations avec les médias, des communications orales et des éléments stratégiques. J’agis de même pour mon entreprise. J’ai, je pense, 23 employés qui m’accompagnent depuis très longtemps, et sur lesquels je peux toujours compter. À la maison, nous avons une dame qui nous aide depuis longtemps à prendre soin des enfants. Elle est avec nous depuis neuf ans. Il s’agit donc vraiment d’établir un système qui vient encadrer mes différentes activités pour que je puisse faire de l’exercice. Je fais du cardiovélo trois fois par semaine, je fais de la musculation et du yoga. Vous savez, j’y mets beaucoup d’efforts, et je mange aussi sainement que possible. C’est vraiment comme une machine bien huilée. Il faut y aller, et la machine doit suivre. Si l’un des rouages cède (rires), c’est un peu plus difficile, non? J’essaie d’établir de bonnes structures de soutien pour ma famille, mon travail et Little Warriors. Et puis, je m’assure de prendre soin de moi. C’est drôle. J’ai embauché une nouvelle adjointe récemment, et elle m’a dit : « OK, j’ai bloqué quelque chose à la place du cardiovélo. » J’ai répondu : « Euh, non, non, non. Tu n’as pas le droit de faire ça. Je t’aime bien, mais non. » Pour moi, l’exercice, ce n’est pas négociable. Et puis j’y vais sans parler à personne. Je suis dans ma bulle. C’est presque une forme de méditation. Je fais donc beaucoup de vélo. C’est un mélange de tout cela. Et vous savez quoi? Honnêtement, il m’arrive d’avoir de mauvaises journées. Certains jours, je me dis « mon dieu, j’ai raté mon coup aujourd’hui, j’ai raté mon coup. Demain est un autre jour ». J’essaie vraiment de ne pas vivre dans le passé, sauf si une situation dans le présent m’y oblige. J’essaie de m’ancrer dans le présent et de bâtir le futur parce que j’ai fait le choix non seulement de vivre, mais de vivre une vie saine et heureuse. C’est la vie que je continue de vivre parce que c’est la promesse que je me suis faite. Être une victime et considérer que la vie est horrible, j’ai déjà vécu dans cet état d’esprit. J’y ai déjà vécu et je sais à quel point il est difficile d’en sortir. Je fais tout ce que je peux pour éviter d’y retourner, parce qu’en toute franchise, je ne tiendrais pas longtemps. C’était vraiment un état d’esprit éprouvant, et j’y ai vécu la plus grande partie de ma vie. C’est pourquoi maintenant je vis une vie joyeuse, heureuse, saine et axée sur une vocation. Mais il est vrai que la gestion de l’horaire devient parfois un peu chaotique (rires).

Kathleen : Oui (rires). J’apprécie votre honnêteté sur le fait que vous prenez soin de vous, et que vous en faites une priorité. Je pense que beaucoup de femmes doivent s’engager à faire de même. Mais aussi sur le fait qu’il y a certains jours où les choses ne se passent pas très bien, et que vous réessayez le lendemain.

Glori : Absolument.

Kathleen : Oui. Maintenant, si un auditeur s’identifie à votre récit de violence parce que lui-même ou un proche (un ami, un parent, un frère ou une sœur ou quelqu’un d’autre) a vécu une situation semblable, quel conseil lui donneriez-vous sur la façon d’obtenir de l’aide ou de lancer le processus? Pourriez-vous nous décrire brièvement une ou deux mesures qu’il pourrait prendre afin d’obtenir le soutien dont il a besoin?

Glori : D’abord, si une personne se confie à vous, dites-lui que vous la croyez. Les gens me répondent : « Glori, c’est une blague, non? » Non. Personnellement, on ne me l’a jamais dit. Je n’ai pas un seul exemple. Je ne me souviens pas de l’âge que j’aurais pu avoir. Il n’y avait littéralement personne. On ne m’a pas crue, personne n’a pris ma défense, vous comprenez? Personne n’a dit : « Je te crois. Que puis-je faire pour t’aider? » C’est tout ce qu’il faut faire. Dire : « Je te crois. Que puis-je faire pour t’aider? » Et si la personne a une mauvaise journée, qu’elle est anxieuse, vous pourriez lui dire : « Écoute, je connais un bon psychologue. » Ou bien : « Veux-tu qu’on fasse une marche? » Ou encore : « Tu veux qu’on prenne un café? » Soyez là. Soyez présent. Essayez de convaincre la personne d’aller chercher de l’aide. Le traumatisme causé par des violences sexuelles vécues dans l’enfance ne se guérit pas tout seul. Sauf peut-être s’il s’agit d’un traumatisme minime, ça va refaire surface à un moment ou à un autre. Il faut donc encourager la personne à obtenir de l’aide. Il faut aussi tenir compte du fait qu’il faut, parmi les nombreux psychologues, en trouver un qui soit spécialisé dans la violence sexuelle faite aux enfants et dans la gestion des traumatismes, surtout si la victime est aujourd’hui à l’âge adulte. Parce que la gestion des traumatismes est une spécialité très précise. Trouvez donc quelqu’un qui comprend véritablement ce que cela implique. Je ne sais pas combien de psychologues j’ai rencontrés. J’ai finalement trouvé celle qui me convient parce que son approche est directe. Je n’aime pas vraiment qu’on tourne autour du pot, vous voyez ce que je veux dire, ou qu’on me prenne en pitié à cause de mon passé. Je veux juste…  Si j’ai du mal à gérer une situation, que voyez-vous? Voici ce que je vois. Que dois-je faire pour améliorer les choses? Aidez-moi. Faisons équipe. Il faut trouver un psychologue qui travaille avec vous, qui va vous aider à guérir. Il faut s’y consacrer à 100 %. Le traumatisme associé à des violences sexuelles vécues pendant l’enfance provoque aussi un état de stress post-traumatique et d’anxiété, sans compter tous les aspects malheureux qui en découlent. On se rapproche de ce que peut traverser un soldat qui a fait la guerre. Ce n’est pas un événement facile à traverser. Quand on est enfant, on est tellement innocent. Puis soudainement, on perd tout sentiment de confiance. De bien des façons, les violences sont à la fois physiques, émotionnelles et sexuelles. Et souvent, vous perdez votre famille. Vous perdez les moyens de répondre à vos besoins de base en tant qu’enfant, c’est-à-dire de grandir en santé. On est témoin d’une véritable épidémie. On parle d’une fille sur trois (cette statistique est la même partout). Une fille sur 3 sera victime de violence sexuelle, en moyenne entre 10 et 12 ans. Chez les garçons, c’est un sur cinq, à l’âge de quatre ans en moyenne. Dans 95 % des cas, la victime connaît son agresseur. Ce qui était mon cas. Ces agresseurs abusent de 75 à 125 enfants chacun.

Kathleen : Ces statistiques sont saisissantes. À tout le moins, je relève dans vos propos un point essentiel et tout à fait juste : c’est qu’il est possible de guérir, à condition de trouver un spécialiste. Je suis entièrement d’accord avec vous, de même qu’avec le fait qu’il faille aussi valider l’expérience des gens. Je pense que c’est extrêmement important d’avoir autour de soi des personnes qui ont un vécu similaire. Et il faut croire et appuyer les personnes qui se confient, être présent dans les périodes plus difficiles et célébrer dans les périodes où les choses vont bien. C’est essentiel.

Glori : Vous savez, c’est un excellent point. C’est intéressant. Quand j’étais dans mon état d’esprit de victime, ce que j’appelle davantage un état d’esprit de battante maintenant que j’ai survécu, tout était négatif. La météo, et un tel a fait ceci. J’étais tellement brisée, j’étais dans une impasse. Tout ce qui sortait de ma bouche était négatif. Je n’en avais pas conscience à l’époque. Aujourd’hui, si je me vois retomber dans cette habitude, vous voulez savoir ce que je fais? Je dis quelque chose du genre : « OK, Glori, que faut-il faire pour célébrer aujourd’hui? » Il peut s’agir de petites choses. Par exemple, je n’ai mis que quatre minutes en voiture pour me rendre au travail, tout s’est bien passé. Ou encore, aujourd’hui, je vois un ami qui arrive de Calgary. Je fais un effort conscient pour changer mon fil de pensées et les mots que j’utilise. Je m’entoure aussi de gens qui sont vraiment positifs et énergiques. Il s’agit d’un autre point important pour les survivants : essayez de réorienter vos pensées vers des choses que vous pouvez célébrer. Parce que chaque situation nous apporte un cadeau. Entendez-moi bien, ce qu’on m’a fait subir était horrible, mais mon destin était d’être sur cette planète, de faire ce que je fais. Je ne changerais rien à ma vie, y compris les violences, même si c’était mal. Mon parcours a fait de moi ce que je suis aujourd’hui, et il n’y aurait pas de Little Warriors sans lui, n’est-ce pas? Même après un traumatisme, il est possible de renaître de ses cendres et d’accomplir de grandes choses. J’en suis un bon exemple, puisque j’étais très, très, très malade. Très, très malade. J’avais beaucoup de problèmes de santé mentale.

Kathleen : Ce que j’aime de votre récit, c’est que vous donnez aussi des conseils pour que chacun puisse se dire : « OK, quelle petite mesure puis-je prendre aujourd’hui pour changer les choses? » Il faut se concentrer sur les petites choses, qu’on ait été victime de violence sexuelle ou qu’on vive autre chose, comme une dépression ou de l’anxiété. Même pour ceux qui n’ont qu’une mauvaise journée, le conseil reste très utile. Bon, le temps a vraiment passé vite dans ce balado. Je voudrais juste terminer en vous demandant ce que vous pourriez dire à un auditeur qui cherche à s’engager dans des activités philanthropiques, à faire sa part pour la collectivité. Avez-vous une idée des mesures que nos auditeurs pourraient prendre ou encore, avez-vous des messages à leur transmettre concernant les choses que vous avez apprises au fil du temps sur la participation dans la collectivité et les façons de le faire dans un objectif précis?

Glori : Eh bien, je pense que nous sommes tous ici pour réaliser quelque chose qui va au-delà, vous savez, de nos emplois et nos familles. J’en suis convaincue. Je pense que nous sommes tous sur cette planète… chacun de nous a un but précis. Si vous avez beaucoup d’argent, vous pouvez faire un chèque. Vous pouvez être bénévole. Vous pouvez aussi fonder votre propre organisme. Mais l’essentiel, c’est d’écouter le poste B sur votre chaîne radio afin de découvrir votre vocation. Je pense que les gens ont souvent peur d’éliminer le bruit en éteignant le poste A. Car c’est ainsi qu’on entend l’appel. Je pense qu’un des facteurs principaux consiste à être à l’écoute de sa vocation. Mais il faut bien comprendre que cela ne suffit pas. Il faut s’asseoir, étudier les étapes, établir un plan. Tout le monde connaît quelqu’un. Dans mon cas, on me disait : « Il faut absolument que tu parles à ce gars-là. » Je répondais : « Peux-tu me le présenter? » Vous devez utiliser toutes les ressources disponibles, apprendre le nécessaire, faire avancer les choses, accomplir ce qui doit l’être. Et n’oubliez pas que vous ne faites pas cela pour vous. En ce qui me concerne, je ne reçois pas de rémunération de Little Warriors. Je suis entièrement bénévole, et ce, depuis neuf ans. Lorsque je dois demander de l’aide, je dis : « Écoutez, j’ai besoin de ce type d’aide pour ces enfants. » Il faut avoir le courage de dire : « Écoutez, pouvez-vous m’aider? » Que ce soit pour apprendre comment établir un conseil d’administration, enregistrer un organisme de bienfaisance, faire vérifier des états financiers, ou autre. Il faut demander de l’aide, mais avant d’aborder des gens d’expérience, il faut bien se préparer. Si vous n’êtes pas préparé, personne ne vous aidera. Il faut s’organiser et présenter un plan.

Kathleen : Je suis tellement heureuse que vous ayez trouvé votre vocation et que celle-ci vous permette de changer les choses de la façon dont vous le faites.

Glori : Moi aussi. Moi aussi.

Kathleen : C’était vraiment touchant. Nous allons devoir nous arrêter ici pour aujourd’hui, mais j’espère que nous pourrons reprendre cette conversation dans l’avenir. Bonne chance dans tous vos projets, Glori. Et merci de nous avoir raconté votre parcours.

Glori : Tout le plaisir est pour moi. Merci beaucoup.