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Parler d’argent avec les membres de sa famille (Balado)

Au menu de l’épisode de la série « Son argent à elle. Ses choix. » d’aujourd’hui, Kathleen propose de parler d’argent avec nos enfants, en particulier lorsqu’il est question de léguer un héritage, et de faire valoir les raisons qui ont motivé les décisions prises au moment de la planification de notre succession. La solution? En parler tôt, en parler souvent et ne pas avoir peur des entretiens à ce sujet.

Pour écouter, cliquez ici (en anglais seulement)

Kathleen Burns Kingsbury : Kara Kaiser occupe le poste de directrice générale de BMO Gestion de patrimoine. À ce titre, elle supervise une équipe de spécialistes qui fait tout son possible pour offrir aux particuliers, aux familles et aux organisations à valeur nette élevée une gamme complète de services de gestion de patrimoine. Madame Kaiser s’est jointe à BMO Harris Bank en 1996, forte d’une vingtaine d’années d’expérience dans le secteur des services financiers. Outre les fonctions qu’elle exerce à la Banque, elle occupe le poste de trésorière du conseil d’administration de l’organisme Junior Achievement of Wisconsin, assure la vice-présidence du conseil d’administration de la fondation Make-a-Wish Wisconsin et fait partie du conseil consultatif de la Waukesha County Community Foundation.

Madame Alyson Schafer se joint également à nous. Conseillère familiale, spécialiste reconnue en matière d’éducation des enfants et auteure à succès à l’échelle internationale, elle signe trois livres sur le rôle de parent : Breaking the Good Mom Myth, Honey, I Wrecked the Kids et Ain’t Misbehavin’, son tout dernier. Madame Schafer est la spécialiste-résidente en éducation des enfants à l’émission The Marilyn Dennis Show et sur la chaîne de nouvelles du réseau CTV. Souvent citée dans les médias imprimés et les médias en ligne, cette conférencière très sollicitée travaille avec BMO pour enseigner aux parents la façon d’élever la prochaine génération pour qu’elle devienne financièrement responsable.

Je suis ravie que Kara et Alyson se joignent à moi aujourd’hui le temps du balado BMOpourElles. Kara, Alyson, soyez les bienvenues. Comment allez-vous?

Alyson Schafer : Merci de nous recevoir toutes les deux. Je suis ravie d’être ici.

Kara Kaiser : C’est un sujet passionnant; j’ai hâte d’en causer.

KBK : Entrons tout de suite dans le vif du sujet, en commençant par Kara. Les parents entretiennent souvent des idées fausses lorsqu’il est question de parler à leurs enfants de leur héritage, ou encore d’argent et de leur plan successoral. Pourriez-vous nommer l’une des plus grandes idées fausses dont vous avez connaissance dans votre travail, Kara?

Kara : Excellent point de départ, Kathleen. Je crois que vous avez tout à fait raison. L’une des plus grandes idées fausses que se font les parents est celle voulant que les entretiens sur la planification successorale se doivent d’être décourageants et déprimants. Vous savez, quand ils réfléchissent à la planification successorale, les gens se mettent à penser à la mort. Mais en réalité, c’est une occasion de parler de l’histoire familiale et de l’avenir que les parents souhaitent pour leurs enfants. Après avoir abordé le sujet, ils pourront avoir l’esprit tranquille à l’idée qu’ils auront communiqué leur plan successoral et leurs intentions, qu’ils auront rédigé des documents de qualité qui reflètent bien leurs volontés, et qu’ils auront protégé les actifs acquis au prix de tant d’efforts.

KBK : C’est vrai que les gens trouvent le sujet déprimant et sinistre. Dans ma vie personnelle, j’ai eu l’occasion de discuter avec mes parents de leur plan successoral, et je fais de même avec mon mari. Et vous avez raison : en fin de compte, ce n’est pas très déprimant. Ça peut être très inspirant, en fait, en ce sens qu’on peut se sentir proche de la personne à qui on parle. Je serais curieuse de savoir si vous avez l’impression que les enfants adultes ont les mêmes idées fausses lorsqu’ils parlent à leurs parents âgés ou si, d’une certaine manière, cela diffère selon le rôle qu’ils jouent au sein de la famille?

Kara : J’ai remarqué que, pour chaque génération, les obstacles aux discussions avec la génération qui la précède ou la suit étaient différents – et ça m’étonne toujours. Nous ne sommes pas sans savoir qu’il existe différentes normes culturelles et qu’il se passe différentes choses du côté des générations. Chaque génération a ses propres obstacles à surmonter. Et je trouve que le sujet est tout aussi désagréable à aborder, pour chacune, avec la génération qui la suit ou la précède. L’écart est encore plus marqué lorsqu’on essaie de surmonter les obstacles et que deux intervalles séparent les générations.

KBK : Alyson, quelle est votre opinion sur la plus grande idée fausse? Ressemble-t-elle à celle de Kara ou avez-vous quelque chose à ajouter?

Alyson : J’aimerais ajouter que les gens s’imaginent que l’entretien portera exclusivement sur l’argent. Et, pour vous répondre, beaucoup d’entretiens intéressants portent sur les valeurs familiales et l’héritage. Je crois toutefois que l’un des grands défis ne concerne pas uniquement la dimension financière de la question. La famille se rencontre et ses membres reprennent les rôles qu’ils occupaient à l’origine au sein du clan. Ce genre d’entretien peut réveiller une foule d’émotions liées à la dynamique familiale. Des sentiments à l’égard de celui ou celle qui peut être considéré comme le chouchou de la mère; ou à l’égard des rôles et attentes au sein de la famille dont on s’est peut-être défait à l’âge adulte et des autres rôles qu’on assume dans le monde des affaires et au sein de la famille qu’on a fondée. N’empêche qu’une fois de retour à la maison avec ses frères et sœurs, on reste le bébé que personne n’écoute. Ou une rivalité fraternelle se fait sentir. Pour toutes ces raisons, j’estime qu’il est important d’avoir ces entretiens du vivant des générations, pour que des précisions puissent être données. Je peux témoigner des erreurs commises par mes parents. Il n’y a eu ni planification ni entretien. La relation entre mes frères et moi s’est dégradée parce que ni eux ni moi n’avons compris ce que nos parents souhaitaient que nous fassions de leur héritage et du chalet familial. Ça a créé toutes sortes de conflits. Voilà une histoire qui devrait servir de leçon : même si en parler peut paraître désagréable, éviter le sujet est bien pire encore.

Au moment de la transmission d’un bien, comme une résidence secondaire, ce silence peut rendre les choses plus difficiles que le malaise ressenti au moment présent, ne serait-ce que pour une brève période du vivant de tous, dans une tentative de régler ces questions particulières ou de bien les expliquer.

Quelles étaient les intentions de ma mère et de mon père? Un de mes frères pense que nos parents voulaient que tout soit modernisé pour que nos familles puissent en profiter plus confortablement. Un autre de mes frères croit que nos parents souhaitaient que tout soit préservé comme dans une crypte, qu’on ne touche à rien et que tout continue de ressembler à ce que ça avait toujours été. Bien entendu, à moins de nous réunir et de nous parler, nous ignorons quelles étaient les intentions de nos parents et, pourtant, nous restons profondément fidèles à la famille. L’absence de dialogue crée des conflits.

KBK : Bien sûr. J’entends beaucoup parler de ces conflits. J’en ai même vécu personnellement. Kara, dans l’exercice de vos fonctions, comment aidez-vous les parents et leurs enfants adultes à vaincre ces obstacles ou à surmonter la gêne à évoquer un plan successoral, vous qui en savez l’importance, lorsqu’ils s’engagent dans ces discussions?

Kara : Comme nous l’avons dit tout à l’heure, amorcer l’entretien constitue le plus gros obstacle. Nous avons vu plus tôt que cet entretien était souvent associé à la dépression, à la tristesse, et à la mort, pas vrai? Comme l’a mentionné Alyson, vous pouvez mener un entretien approfondi sur l’histoire de votre famille, sur la façon dont le patrimoine a été accumulé et, plus important encore, sur les principales valeurs qui motivent la famille ou ses patriarches. Je le répète, amorcer cet entretien est pratiquement l’étape la plus difficile. Mais si vous l’envisagez différemment sur la base de ces valeurs, vous pouvez alors passer de ces sujets à celui de l’avenir que vous envisagez pour vos enfants et de ce que vous voudriez qu’ils accomplissent. Comme l’a si bien précisé Alyson il y a une minute à peine, expliquer souvent les motivations qui sous-tendent le plan successoral peut être la solution pour partager vos valeurs et maintenir l’harmonie familiale à long terme. Faute de ce genre d’entretien, il est laissé à chacun de formuler ses propres suppositions. En voici quelques-unes : les parents supposent probablement que leurs enfants ne sont pas prêts à les entendre, qu’ils ne comprendront pas; qu’ils vont perdre leur intimité, voire observer un changement de comportement. Et inversement, je crois que les enfants adultes supposent en général que leurs parents ont tout organisé ou que ça ne les regarde pas. Tous ces types de pensées qui habitent les différentes générations ont contribué à la constitution de cet obstacle à l’amorce de l’entretien. Si on pouvait franchir cet obstacle et passer à l’action... Se mettre à la tâche est une de mes grandes recommandations.

Alyson : Pour ce qui est de votre remarque, Kara, l’abondance de suppositions fait en sorte que les parents se font une idée, de façon unilatérale, de la vision qu’ont les enfants de la justice et de l’équité. Ils sont souvent étonnés d’apprendre qu’un des leurs n’a pas du tout envie de reprendre l’entreprise familiale. Il arrive qu’ils désignent leurs enfants comme coliquidateurs en pensant que c’est plus équitable ainsi. Or, ils risquent de s’apercevoir que l’un des deux n’est pas du tout intéressé et qu’il fait pleinement confiance à l’autre coliquidateur pour la prise de décisions. Je pense qu’il nous faut vérifier les suppositions et déterminer la position de chacun par rapport à ces diverses décisions.

KBK : Je suis d’avis que les suppositions sont des plus fascinantes. On lit parfois dans les pensées des gens et on présume que l’on sait parce que l’on a grandi avec eux ou encore parce que ce sont nos parents ou nos enfants. Ces suppositions semblent délicates. Vous avez parlé d’amorcer l’entretien. Y a-t-il un moment idéal pour le parent d’aborder ce genre d’entretien avec son enfant? Si oui, quel est-il? Si non, pourquoi?

Kara : Je sais que les auditeurs aimeraient avoir la réponse miracle. Du genre « Quand votre enfant atteint l’âge de 17 ans, vous devriez l’inviter à s’asseoir et l’informer qu’il héritera de deux millions de dollars ». Mais ce n’est pas aussi simple. Vous pouvez avoir ce genre d’entretien au sujet de l’avenir assez tôt, et il n’est pas nécessaire que vous fassiez la présentation exhaustive de votre plan successoral. Il suffit de lancer la conversation. Ce sujet, comme d’autres sujets complexes tels que la sexualité, vous devrez l’aborder à un moment ou à un autre. Vous l’approfondirez et en parlerez d’une façon adaptée au niveau de développement de votre enfant à mesure que celui-ci sera prêt à en entendre un peu plus. Les projets de bien des gens subissent des modifications. Les décisions qu’ils ont prises au sujet de l’argent sont appelées à changer. La somme d’argent dont ils disposent varie. Le moment auquel ils souhaitent rendre leur argent disponible peut changer. Il suffit de montrer que l’on est assez à l’aise de parler du sujet – et c’est là un élément à prendre en compte lorsqu’on s’assoit pour parler de la vie de famille. J’aborderais le tout d’une manière générale, pour que les gens s’habituent à la terminologie et au sujet.

KBK : Permettez-moi de me faire l’avocate du diable. Je vous écoute et je me dis que parler d’argent avec mes enfants, je ne l’ai fait ni tôt ni souvent. Ils sont dans la mi-vingtaine ou la jeune trentaine et je n’ai pas encore abordé la question avec eux. Que devrais-je faire?

Kara : Il n’est jamais trop tard pour vous y mettre. Si vous hésitez et qu’il vous faut à tout prix une feuille de route, sachez que vous trouverez en ligne des documents au format PDF contenant des idées de sujet et des points de discussion que vous pourriez inscrire à l’ordre du jour de votre première réunion de famille. Je suis une vraie adepte des réunions de famille, parce que le fait de savoir qu’il sera question de l’entreprise familiale rassure les gens. D’entrée de jeu, vous pouvez annoncer le sujet de la réunion et mentionner ce qui ne sera pas abordé au cours de la rencontre. Vous verrez que les participants auront tendance à adopter une attitude professionnelle, bien qu’il soit question d’affaires personnelles. Ensuite, vous pouvez mentionner qu’il faut discuter des objectifs, de vos valeurs et de l’héritage que vous souhaitez léguer, et demander aux membres de votre famille ce qu’ils en pensent et s’ils ont songé à leur avenir. Ces entretiens guidés s’inspirent de ressources accessibles en ligne. Et si une telle structure vous est nécessaire, ayez-y recours, je vous en prie. Vous pouvez affirmer d’emblée : « Je m’aventure en terrain inconnu et j’ignore comment ça va se passer, mais tentons le coup ». Et ça suffit pour se lancer.

KBK : J’aime l’idée de l’apprentissage collectif et de la transparence exprimée ainsi : « O.K., je ne sais pas vraiment ce que je fais, c’est tout nouveau pour moi, mais tentons l’expérience ». J’aime l’idée de parler ouvertement d’argent dans les entretiens sur la planification successorale. D’autres questions me viennent à l’esprit. Si je possède une entreprise familiale et que, disons, mes parents travaillent dans une entreprise familiale ou je compte transmettre une entreprise familiale par héritage, à votre avis, la transmission par héritage d’une partie importante de l’entreprise à la famille simplifie-t-elle ou complique-t-elle davantage la tenue de ces entretiens?

Kara : À mon avis, le fait qu’il s’agisse d’une entreprise complique les choses parce qu’il faut jongler avec un plus grand nombre d’éléments. L’aspect positif (espérons-le), c’est que si vous gérez une entreprise familiale, vous savez ce qu’est la culture d’entreprise et avez l’habitude de rendre compte à un conseil d’administration ou de vous adresser à des employés. Et vous maîtrisez peut-être un peu plus le concept qui consiste à transposer le tout dans un format de réunion parce qu’il est question d’une entreprise. En fait, j’utilise souvent le modèle de l’entreprise pour illustrer le fait que, même si vous ne parlez pas de planification de la relève, vous parlez d’un moyen de passer la porte le matin, de qui doit s’occuper des lunchs et de promener le chien. Vous pouvez organiser des réunions familiales pour parler de cette entreprise qu’est la famille. C’est une habileté remarquable que de pouvoir aider les gens à apprendre à communiquer, à cultiver une souplesse d’esprit et à collaborer pour trouver des solutions aux problèmes. Si les gens souhaitent commencer par ces types de problèmes liés à la famille, et passer ensuite à des sujets plus corsés, tels que la planification de la relève, la planification successorale et la transition d’entreprise, allez-y progressivement. Commencez par votre zone de confort, par le sujet qui vous assurera de bons résultats.

Souvent, lorsque beaucoup de facteurs différents sont en jeu, si aucun plan de relève naturel n’est déjà établi au sein de la famille, les choses se compliquent. Il peut être très difficile pour les aînés qui gèrent l’entreprise familiale d’imaginer l’avenir ou ce qui les attend. Que pourrai-je bien faire lorsque je ne m’occuperai plus de l’entreprise? Et s’il n’y avait personne dans la famille pour faire autre chose? Il est presque plus facile pour ces personnes d’éviter le sujet en général. Et ça, je l’ai constaté dans l’exercice de mes fonctions, en particulier quand il n’y avait pas de prochaine génération naturelle pour reprendre l’entreprise familiale. Souvent, en pareil cas, on se rend compte que la prochaine génération a simplement besoin de prendre les rênes de cette communication et de revenir à ses valeurs (ce que l’on souhaite pour l’entreprise à partir de maintenant; se doter d’un plan pour que l’entreprise vive encore longtemps, conformément à ce que l’on désire).

KBK : Je vois très souvent des membres de la prochaine génération prendre les rênes ou amorcer l’entretien. En fait, je participais l’autre jour à un dîner sur les femmes et la gestion de patrimoine. Une des participantes, qui travaillait dans une entreprise familiale, y avait traîné sa famille. La prochaine génération, c’est elle. Elle insistait auprès de sa mère et son père pour tenir ces entretiens, entretiens qu’elle trouve assez fructueux maintenant que la question a été abordée. J’aimerais m’adresser à Alyson, la spécialiste en matière d’éducation des enfants. J’entends souvent ces questions de la part des assistances, c’est pourquoi j’aimerais vous en soumettre quelques-unes. Doit-on avoir un entretien et parler d’héritage, qu’il s’agisse d’un transfert d’entreprise ou d’actifs par héritage? Ou, si on ne possède pas d’entreprise familiale, doit-on révéler aux enfants ou à la prochaine génération la somme dont ils vont hériter? Si oui, comment s’y prendre?

Alyson : Je pense qu’à un certain moment, il faut tout divulguer à un enfant. Pour moi, c’est un peu comme si dans votre testament vous aviez confié la garde de votre enfant à une personne en particulier advenant votre décès. Cette personne doit savoir qu’elle a été désignée. Elle doit commencer à se préparer psychologiquement à l’idée qu’elle pourrait devenir un parent. Il est très respectueux de le faire à un certain moment, à mon avis, au début de l’âge adulte (il y a un élément de maturation ici. Je connais des jeunes de 19 ans qui font preuve d’une très grande maturité et des jeunes de 25 ans qui sont tout à fait immatures). Votre enfant, c’est vous qui le connaissez le mieux. Vous devez tenir compte du point où il en est. Mais je suis d’avis que votre enfant doit être au courant de vos plans et savoir à combien s’élève son héritage. Ça ne signifie pas forcément que vous deviez effectuer un transfert de patrimoine à ce moment précis. En fait, beaucoup de gens recommandent un processus en deux étapes : vous transférez d’abord une partie du patrimoine, et vous avez ensuite l’occasion de voir ce que la personne qui en hérite fera de l’argent, si elle est capable de gérer la pression et si elle prend de bonnes décisions financières. Vous devez déterminer, par exemple, si elle a une dépendance au jeu ou des problèmes de santé mentale. Ou si une entreprise est l’objet de poursuites et que l’argent risque de disparaître. Une foule d’éléments entrent en ligne de compte. Mais je pense que vous devez exprimer vos attentes : « J’ai besoin de voir que tu prends de bonnes décisions, que tu agis d’une façon responsable. Et je peux le constater à travers les autres plateformes de décision que tu bâtis. Comment gères-tu tes travaux scolaires? Comment t’y prends-tu pour remettre tes travaux à temps? » D’autres paramètres servent à mesurer le degré de maturation et de responsabilité à la façon d’un baromètre pour déterminer la capacité de l’enfant de gérer telle nouvelle ou telle somme.

KBK : Il s’agit pratiquement d’une formation sur le tas, un concept intéressant, mais tout à fait logique. Je sais que, parfois, des parents ont vraiment peur de divulguer à leurs enfants le montant de leur héritage par crainte que ces derniers ne soient plus motivés par la réussite et n’accomplissent pas autant qu’ils le pourraient. Ils gardent le secret parce qu’ils sont bien intentionnés. Ils tiennent à protéger leurs enfants des responsabilités qui viennent avec la richesse. Kara, comment composez-vous avec cette réalité dans l’exercice de vos fonctions et dans votre travail à BMO?

Kara : Voilà une autre excellente question. Si nous sommes amenés à coacher nos clients sur cette question fréquente, à mon avis, c’est parce que beaucoup d’entre eux s’inquiètent de ce que leurs héritiers perdent la motivation de s’épanouir ou de réussir par eux-mêmes. Je reviens donc à ce qui constitue la base de la communication au sein de la famille pour l’aider à surmonter ce problème. Alyson a mentionné qu’il faut à un certain moment révéler ces montants à la famille et que, le moment venu, il est important d’aborder la question en toute franchise et de parler des valeurs et des attitudes qui s’y rapportent. Il faut aussi penser que les enfants vont souvent adopter l’attitude de leurs parents par rapport à l’argent et y réfléchir. Les parents ont donc une réelle possibilité de donner l’exemple en matière d’argent et de patrimoine. Et comprendre que cet avantage intrinsèque immense est contributif. Leur façon de faire les choses; ils donnent souvent à leurs enfants l’exemple en matière de comportement. La question porte à présent sur le patrimoine futur – ça n’aidera pas forcément l’enfant dans le présent (mais cela peut donner lieu à une bonne conversation sur l’argent). Comment peut-on aider ses enfants à se préparer?

Il est important d’aider ses enfants à se fixer des objectifs liés à la planification financière et de les présenter au conseiller en gestion de patrimoine de la famille pour que ce dernier noue une relation avec tous les membres du clan. Et, dans ce même contexte, il faut établir des attentes claires par rapport à ce que l’on souhaite pour l’avenir de ses enfants. C’est très important.

J’ai le bel exemple d’une famille avec laquelle nous travaillons et à qui j’ai rendu visite dernièrement. Le patrimoine a été accumulé par une ou deux générations précédentes, et les parents avec qui nous travaillons à présent sont d’âge moyen et ont huit enfants. Je les ai observés. Il est rafraîchissant de constater qu’ils ont réussi à communiquer avec tous leurs enfants très tôt. Ils leur ont parlé très tôt de l’importance de l’épargne et de leurs valeurs par rapport à l’argent. Et un peu comme le mentionnait Alyson tout à l’heure, à mesure que les enfants ont atteint l’âge adulte et ont été prêts à en apprendre davantage, leurs parents ont fait preuve de transparence au sujet du contenu du plan successoral et de la façon dont les sommes s’y accumulaient. Pour ce qui est des attentes des parents envers les enfants, elles ont été fixées très tôt. Les enfants ont appris que, bien qu’ils allaient hériter d’un important patrimoine, leurs parents s’attendaient à ce qu’ils subviennent eux-mêmes à leurs besoins et vivent selon leurs moyens en tout temps. Il est intéressant de noter qu’un des enfants ne répondait pas à ces attentes. Les parents ont donc modifié les dispositions relatives à l’héritage du patrimoine pour s’assurer que leurs enfants se conformeraient aux attentes et adopteraient les comportements établis tout au long de leur vie. Je trouve que c’est un très bon exemple.

Je remarque que cette famille et ces enfants ont façonné leurs valeurs depuis le début, de même que leur motivation, et que ça les a véritablement préparés en vue de l’héritage qui les attend.

KBK : Un exemple de réussite et une chose qui s’est si bien déroulée, ça fait plaisir à entendre. Dans les balados BMOpourElles, le temps file rapidement. Ça ne me plaît guère d’interrompre cette conversation fort intéressante, mais je vais devoir la conclure. J’aimerais que toutes les deux, à commencer par Alyson, vous donniez un conseil à nos auditeurs. Un conseil pour les parents qui sont à l’écoute sur la façon d’amorcer l’entretien ou de commencer à penser à avoir cet entretien. Alyson, auriez-vous un ou deux conseils à donner?

Alyson : Je commencerais par leur dire : « Croyez en vous. Vous pouvez surmonter vos peurs. Vous serez peut-être nerveux, mais une fois l’entretien amorcé, vous finirez par vous sentir à l’aise. Montrez-vous curieux et faites-en une petite expérience. N’en faites pas une tâche si pénible qu’elle vous maintiendra dans la crainte et le déni, et vous empêchera d’entreprendre quoi que ce soit. Faites preuve de curiosité. Essayez de vous amuser davantage. Voyez comment ça se passe. Je crois que vous serez surpris. » Ensuite, je leur dirais qu’il n’y a rien de mal à s’entourer. J’ai déjà parlé de documents en format PDF et de recherches dans Google. Toutefois, pour ce qui est de notre famille, nous avons retenu les services de médiateurs professionnels. D’autres peuvent demander à leur planificateur financier ou successoral de s’asseoir avec toute la famille. Vous n’êtes pas obligé de tout faire vous-même. Il n’y a pas de mal à mettre en place des structures de soutien pour vous-même. Il n’est jamais trop tard pour avoir ce genre de discussion.

Kara : N’hésitez pas. Réunissez vos documents. Rassemblez les membres de votre famille. Si vous ne pouvez pas réunir tout le monde au même endroit, prenez le téléphone et amorcez la discussion. Le fait de continuer de repousser le moment, et le temps qui file, conduira la famille sur un chemin où elle sera amenée à prendre des décisions importantes sous la contrainte. Nous avons tous que prendre des décisions en état de compromis ne débouche généralement pas sur la solution optimale ni sur une solution qui permettra de préserver les relations à l’avenir. Dans le même ordre d’idées, voici mon deuxième conseil : définissez les attentes. Établissez les priorités de la famille ensemble, et commencez à préparer le terrain. J’aime bien l’exemple des médiateurs professionnels et je suis persuadée qu’il est fort utile de faire appel à ce genre de spécialistes dans certains cas. Mais d’une façon ou d’une autre, ne tardez pas. Ayez cet entretien, tenez tout le monde au courant en tout temps. Leur communiquer les mêmes informations est ce qui compte le plus pour la suite des choses.

KBK : J’espère qu’à l’écoute de ce balado, et à la lumière de votre expertise à toutes les deux, les auditeurs vont bien comprendre l’importance de ce genre d’entretien et que, si ce n’est déjà fait, ils doivent aborder le sujet et suivre vos conseils, c’est-à-dire commencer modestement et demander de l’aide au besoin (il n’y a rien de mal à ça – en fait, il est même souhaitable de le faire). Il n’est jamais trop tard pour aborder les questions d’argent et de succession. Alyson et Kara, je vous remercie de nous avoir transmis vos connaissances spécialisées, de nous avoir éclairés sur le sujet et de faire ce travail auprès de ces familles.

Alyson : Merci, Kathleen!

Kara : Merci, Kathleen, c’était formidable.