Que désirent les femmes fortunées? L’experte en psychologie Kathleen Burns Kingsbury donne son avis

Sans surprise, les femmes canadiennes sont plus nombreuses que jamais à mettre du pain sur la table. Ensemble, elles contrôlent une valeur de 1,1 billion de dollars d’actifs personnels (article en anglais) et elles assument le rôle de principal pourvoyeur dans plus de 31 % des ménages. C’est près de quatre fois plus qu’en 1976.

Il y a également eu des percées importantes dans le monde des affaires, en particulier dans le domaine de l’entrepreneuriat, où les femmes possèdent en totalité ou en partie la moitié des petites entreprises établies au Canada. Et ce n’est pas tout, selon un rapport de BMO, 63 % des femmes entrepreneures s’attendent à réaliser des profits dès les deux premières années d’activité de leur entreprise.

Si vous faites partie du nombre croissant de femmes fortunées au pays, vous devez maintenant vous demander si vous disposez des produits et services adéquats pour répondre à vos besoins financiers. Un nombre important de femmes (article en anglais) se fient moins aux conseillers financiers. Nous avons discuté avec l’experte en psychologie Kathleen Burns Kingsbury de la façon de trouver les bons conseils financiers – et d’établir un plan pour protéger votre patrimoine.

Q : Qu’est-ce qui distingue les hommes et les femmes quant à leur attitude face au patrimoine et à la planification du patrimoine?
R : Chaque individu est différent, mais en général, les femmes considèrent le patrimoine comme une sécurité pour elles-mêmes et les générations futures. Elles s’intéressent à la planification financière et à la façon de transférer leur patrimoine efficacement. Les hommes souhaitent aussi transférer leur patrimoine, mais ils ont davantage tendance à voir l’accroissement de richesse sous un angle de pouvoir et de contrôle.

Aucun de ces points de vue n’est bon ou mauvais, ils sont simplement différents. Ces différences influencent la façon dont les hommes et les femmes veulent collaborer avec les conseillers, ainsi que la façon dont ils souhaitent que les résultats liés au rendement leur soient communiqués. Par exemple, les hommes veulent savoir si leurs résultats dépassent ceux du marché, tandis que les femmes veulent connaître l’effet qu’ont leurs rendements sur leurs objectifs dans la vraie vie. Et, il va sans dire que chaque individu, qu’il soit un homme ou une femme, définit la richesse et ses priorités de différentes façons.

Q : Les besoins des femmes en matière de conseils financiers trouvent-ils réponse?
R : Dans le passé, les niveaux de satisfaction des femmes clientes par rapport au secteur des services financiers étaient très bas. En 2009, le Boston Consulting Group a réalisé un sondage international auprès de 12 000 femmes. Parmi 34 catégories de service, ce sont les conseillers financiers qui ont reçu la note la plus basse en matière de service à la clientèle. Ce message a été reçu par le secteur comme un véritable avertissement, et c’est pourquoi des institutions comme BMO Banque privée ont décidé de montrer la voie en prenant les mesures nécessaires.

Q : Idéalement, en quoi le processus de planification du patrimoine devrait-il différer pour les hommes et pour les femmes?
R : Habituellement, les femmes recherchent des conseillers qui donnent du coaching en matière de finances et de patrimoine global. Les hommes veulent plutôt experts capables de surpasser le marché. Tandis qu’il arrive que les clients masculins souhaitent entretenir une relation d’affaires avec leur conseiller ou leur directeur de comptes, cette relation n’est pas une priorité pour la plupart des femmes. Encore une fois, il s’agit de généralisations. Un conseiller doit tenir compte des préférences de chaque client en matière de communication et de conseils.

Q : À quels risques s’exposent les femmes fortunées qui ne vont pas chercher l’expertise de planification du patrimoine dont elles ont besoin?
R : Statistiquement, l’espérance de vie des femmes est plus grande que celle des hommes; elles doivent donc épargner davantage en vue de la retraite. Pourtant, leur épargne est souvent moindre, car elles ont quitté temporairement le marché du travail pour prendre soin de leurs enfants ou de leurs parents âgés.

Je crois que les femmes les plus vulnérables sur le plan financier sont celles vivant une relation dans laquelle les affaires financières familiales sont toutes gérées par le conjoint. Même s’il n’est pas plaisant d’y réfléchir, il faut être consciente que toute relation aura éventuellement une fin, que ce soit en raison d’un décès ou d’un divorce, ou d’une maladie qui la transformera radicalement.

Lorsqu’on subit la perte d’un être cher, la mise à jour des finances s’avère une tâche très ardue. En ce qui concerne la planification du patrimoine, mieux vaut investir de l’énergie le plus tôt possible afin de prévenir ces tracas.

Q : Quel conseil donneriez-vous aux femmes qui veulent commencer à planifier?
R : Les femmes ont tendance à faire passer les besoins des autres avant leurs propres besoins. Elles remettent à plus tard le moment de passer à l’action et d’obtenir des conseils sur leur santé financière. Elles s’en remettent aussi parfois à leur conjoint pour le choix d’un conseiller, mais ce dernier ne correspond peut-être pas à ce qu’elles veulent.

Je conseille donc aux femmes d’être leur propre représentante : Pensez aux trois caractéristiques principales que vous recherchez chez un conseiller, puis interrogez des conseillers potentiels pour déterminer s’ils peuvent répondre à vos besoins. Aussi, ne croyez pas que vous devez tout savoir ou tout comprendre avant d’avoir un entretien. Bien au contraire : les choses que vous ignorez sont la première raison qui vous pousse à demander conseil.

Kathleen Burns Kingsbury a écrit plusieurs ouvrages, notamment How to Give Financial Advice to Women et How to Give Financial Advice to Couples, et elle participe régulièrement à des chroniques dans Investment News, Money.com et CNBC.com.